L’Homme surnuméraire de Patrice Jean, Editions rue Fromentin, 2017
Sommes-nous devant un roman sur la condition de l’homme moyen contemporain ? Selon le dictionnaire Larousse, surnuméraire désigne ce qui est en surnombre, c’est à dire en plus d’un effectif, d’un nombre fixe ou d’une norme établie. En trop, pour résumer.
Cet homme surnuméraire s’appelle Serge Le Chenadec, 45 ans, marié à Claire, deux enfants, agent immobilier. Il vit en région parisienne. Dans la première partie, on suit l’histoire de Serge, malmené par sa femme et ses enfants. Patrice Jean dresse de Claire un portrait acide : une jolie femme qui s’estime mal mariée, se lance dans l’humanitaire, méprise son mari décrit comme un homme lourd, gras et chauve. On se régale en lisant les simagrées qu’elle déploie auprès « d’amis écossais » rencontrés par hasard, en vacances. Et pendant qu’elle séjourne en Ecosse avec ses enfants après avoir persuadé Serge que ce voyage ne l’intéressait pas, celui-ci décide de rendre visite à ses parents, en Mayenne. Durant ce séjour Serge va renouer avec Chantal, une femme discrète et timide, qui était dans la même classe que lui au lycée, et qui avait disparu de son environnement. Il la retrouve chez ses parents : elle est leur femme de ménage. Serge et Chantal vont partager un road-trip qui va les mener de la Mayenne à Figeac (Lot). Proche du suicide, Serge propose cette idée de voyage à Chantal.
Deuxième partie surprenante : on apprend que Serge est en fait le héros d’un livre appelé, L’Homme surnuméraire, écrit par un certain Patrice Horlaville. L’Homme surnuméraire est un livre dont on débat dans le milieu littéraire que fréquente Clément Artois, la trentaine, au chômage, grand lecteur et chargé par les Éditions Langlois de couper, dans les grands livres classiques, « les morceaux qui heurtent trop la dignité d l’homme, le sens du progrès, la cause des femmes…pour les rendre humanistes. » Il s’agit en fait de faire digérer certains passages aux lecteurs sensibles d’aujourd’hui. Et l’on demandera par la suite à Patrice Horlaville de réécrire la fin de son livre…
Un livre construit habilement selon le procédé littéraire de la mise en abyme. Tout est passé au crible critique de Patrice Jean : le milieu littéraire et universitaire que fréquente Artois, la petite bourgeoisie dont sont issus Serge et Claire, gonflée d’importance quand elle se tourne vers l’humanitaire. On finit par ressentir de la compassion pour Serge, l’homme en trop dans sa famille. Patrice Jean nous rappelle la force de la bêtise (référence à Gustave Flaubert) qui traverse notre société.
Patrice Jean est professeur de Lettres, et auteur d’une douzaine de livres.

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