Ombres sur l’Hudson de Isaac Bashevis Singer

Isaac Bashevis Singer (1902-1991) né en Pologne, grandit à Varsovie où il reçoit une éducation traditionnelle dans une école rabbinique. Dès ses premiers écrits (La Corne du Bélier – 1932), il rédige en yiddish.
Il quitte la Pologne pour les USA (on se doute bien pourquoi…) en 1935, accompagné de son frère Joshua, également écrivain. Isaac Bashevis Singer devient citoyen américain en 1943. Il a publié 18 romans. Il reçoit le Prix Nobel de lIttérature en 1978. (Source : Babelio et Wikipedia)

Mes lectures se répondent. J’ai quitté Le Livre de Job pour rejoindre Ombres sur l’Hudson et retrouver d’autres Juifs d’Europe de l’Est qui ont fui la Pologne et se sont installés à New-York en 1947. Certains ont émigré avant la guerre, d’autres sont des survivants qui ont échappé au massacre ; tous ont perdu une partie de leur famille en Europe. Ils forment une communauté en apparence bien intégrée en raison de leur statut social (médecin, hommes d’affaires, etc.).

L’histoire se concentre autour d’un personnage, Hertz Grein pris entre trois femmes : Léah son épouse, Anna qu’il a connue enfant et avec qui il va vivre une passion dont les conséquences éprouveront leur entourage, et Esther sa « vieille maîtresse ». Autour gravite une galerie de personnages : chacun pourrait être au coeur d’un autre roman.

Divisé en trois parties, le livre commence par une réception chez Boris Makaver, un riche et très pieux homme d’affaires. Boris est le père d’Anna. La conduite de sa fille avec H. Grein va bouleverser sa vie.
A l’arrière plan : l’histoire des Juifs polonais exilés aux Etats-Unis. Que signifie être juif dans ce nouveau monde ? Comment croire encore en Dieu après la mort de millions de juifs ? Solomon Margolin, l’ami de Boris Makaver est sans cesse taraudé par ces questions. Makaver est pour lui la statue du Commandeur qui le ramène à son statut de Juif auquel il souhaite échapper.

« Il [Boris] condamnait aussi sévèrement les Juifs. Pourquoi se taisaient-ils ? Pourquoi oubliaient-Ils ? Il estimait que le peuple juif tout entier aurait dû prendre le deuil. »

Après quelques allers-retours entre Anna, Esther et Léah, Grein se tourne vers la religion. Il a tout raté même son rôle de père. Ses enfants, Jack et Anita sont devenus des « Rouges ». Le retour sur lui-même est profond et douloureux : :

« Tandis qu’on anéantissait ma famille en Pologne, qu’on torturait les miens avec la plus grande cruauté imaginée par l’esprit humain, moi je courais à des rendez-vous, je fantasmais sur toutes sortes de dépravations sexuelles. « 

Les personnages de Ombres sur l’Hudson et du Livre de Job ont émigré dans la même ville, New-York, à des époques différentes (avant la première Guerre mondiale pour la famille de Mendel), ils appartiennent cependant à deux mondes différents. Les Singer (Le Livre de Job) vivent à Brooklyn et ne parlent que le yiddish tandis que Grein et ses satellites sont aisés et semblent assimilés. Mais tous vivent une histoire universelle : celle de l’exil.

928 pages – Traduit (anglais) par Marie-Pierre Bay – Folio n°3670

Commentaires

Une réponse à « Ombres sur l’Hudson de Isaac Bashevis Singer »

  1. Avatar de sosso1789
    sosso1789

    Comme c’est bien rédigé, Isabelle! Pas certaine de lire ce livre, ou alors quand l »Hudson sera gelé ? Et que les Tesla ne démarreront plus? Trève d’associations d’idées fantaisistes. Il y a dans ce que tu écris sur l’intrigue de ce livre quelques fantasmes de Cohen dans Belle du Seigneur,  et quelques réflexions sur notamment certaines maledictions endurées par le peuple dit élu, non?–Envoyé avec l’application 1&1 Mail

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