La Correspondante – Virginia Evans – Editions La Table Ronde – 2026, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Leïla Colombier
Si vous avez perdu le goût de la lecture, lisez La Correspondante,
Si vous errez de livres en livres sans accrocher à rien, lisez La Correspondante,
Et si vous n’avez pas réussi à décrocher une place pour le concert de Céline Dion, l’humanité de La Correspondante vous consolera.
Je résume : Sybil Van Antwerp, 73 ans, retraitée et divorcée, vit dans une petite ville du Maryland, Annapolis. Elle passe ses journées à écrire, par voie postale et par e-mail, à ses amies, ses enfants et même à des écrivains dont elle apprécie les livres. Elle correspond ainsi avec la romancière Joan Didion (1934-2021) qui lui répond volontiers. Les deux femmes finissent par échanger sur leur vie quotidienne comme si elles se connaissaient depuis toujours !
Sybil est en train de perdre la vue, alors elle écrit avant les ténèbres. Elle possède un talent incroyable pour nouer des liens épistolaires avec des inconnus. Avec Basam, par exemple, l’employé de la société Kindred project, spécialisée dans l’analyse de votre généalogie via votre ADN. Au fil de ses lettres et des réponses qu’elles reçoivent, se construit le portrait de Sybil, enfant adoptée, ancienne greffière qui travaillait avec un juge renommé. Un jour son passé va la rattraper en raison d’un test ADN que lui offre Félix, son frère et du harcèlement qu’elle subit d’un ancien justiciable.
Pourquoi Sybil écrit-elle ? Une jeune amie, Caroline, lui pose la question et Sybil répond : « J’écris des lettres depuis l’enfance. J’écrivais à un auteur ou à un professeur, à des cousins que je voyais rarement. J’écrivais au chef des pompiers de la ville, à Harry Truman [ndlr : 33e président des Etats-Unis], des gens comme ça. (…) J’écris à tous les gens qui me manquent. Amis, confrères, rédacteurs en chef, enseignants, diplomates, auteurs. Les auteures sont mes préférés. C’est plus compliqué aujourd’hui, bien sûr, parce qu’avec internet les gens écrivent plutôt des e-mails. (…) Un e-mail ne saurait remplacer une lettre manuscrite. cela m’inquiète qu’un jour les nouvelles technologies puissent éliminer le service postal, mais j’espère que d’ici là je serai morte et enterrée. » La première lettre de Sybil était adressée à Pamela J. Travers l’auteur de…Mary Poppins…
La construction de La Correspondante est très habile. Virginie Evans sème des indices pour que ses lecteurs saisissent facilement les liens entre les personnages. Il faut se laisser porter par Sybil, cette femme intelligente, malicieuse, grande lectrice. On apprend ainsi comment Sybil a perdu un enfant âgé de 9 ans et comment cette perte va conditionner ses relations familiales par la suite. C’est émouvant, sans aucune mièvrerie.
L’intention de Virginie Evans était de raconter de façon non linéaire le parcours d’une vie entière. Dans un entretien (octobre 2025) donné dans le cadre de la Darien Library (Connecticut), Virginie Evans avoue que l’idée de ce livre lui est venue en écrivant une lettre à une femme dont elle voulait acheter la maison ! « Les lettres sont une des formes originelles de la civilité du monde« , fait-elle dire à son personnage. Sybil estime que tout le monde a la même valeur, elle écrit donc quand elle a quelque chose à dire à quelqu’un. « La vie de Sybil a été un équilibre entre le miraculeux et le banal« , confie Virginie Evans dans cet entretien que j’encourage à visionner.

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