Catégorie : On peut s’en passer

  • Héléna

    Héléna

    de Jérémy Fel, Rivages

    Décidément, je ne suis pas faite pour les thrillers, romans noirs, etc. J’assume mais je ne renonce pas.

    Héléna avait tous les atouts pour me séduire : un auteur qui maîtrise à la perfection les codes du genre, un univers américain recréé par la plume d’un auteur européen (Jérémy Fel est un fan de littérature américaine), une structure dramatique irréprochable, une grande maîtrise dans l’art de distiller la peur (oui, oui, j’ai eu peur) et une couverture intrigante et très belle. Pourquoi, malgré toutes ces qualités, n’ai-je pas apprécié de livre ? Mystère. Je crois que j’ai de plus en plus de mal à supporter la lecture de scènes de violence, de maltraitance envers les enfants, etc. Et puis j’ai le sentiment que ce genre exploite toujours les mêmes thèmes avec, parfois, un sadisme gratuit.

    Je résume. Norma vit seule avec ses trois enfants dans une maison paumée, à proximité d’une petite ville du Kansas. Il fait chaud, très chaud, dans le Kansas, ce qui contribue à l’atmosphère poisseuse du livre.

    Trois enfants nés de trois pères différents.

    Graham, l’aîné, est le fils du grand amour de jeunesse de Norma, mort tragiquement. Graham est un garçon parfait. Il hésite à quitter sa famille pour aller poursuivre ses études à New-York et marcher dans les traces de son poète de père.

    Tommy est un psychopathe (il nous apparaît ainsi dès la scène d’ouverture du livre), qui torture et tue des animaux…Il est le fils d’un homme violent que Norma a épousé et suivi dans ce trou du Kansas. Cet homme est mort et nous apprendrons comment…

    Et puis voici Cindy, petite fille née de père inconnu, que sa mère voue aux concours de « mini-miss ». Cindy va subir un sort tragique à cause de…

    Hayley, jeune fille de « bonne famille », superficielle et cochant toutes les cases de la jeune fille de la classe moyenne aisée : ennui, addictions, soirées alcoolisées. Hayley se prépare, mollement, à un tournoi de golf quand le hasard d’un panne de voiture va l’amener chez Norma où elle va se retrouver coincée pour le pire. S’ensuivent des péripéties horribles : Tommy agresse et séquestre Hayley qui réussit à s’échapper avec l’aide de Graham. Avant de s’échapper Hayley commet un acte monstrueux contre la petite Cindy qui en portera les marques pour le reste de sa vie. Norma tente au départ de protéger Hayley avant de choisir finalement de protéger la monstruosité de Tommy puis de se venger.

    Mais qui est Héléna ?

    L’enchaînement est réussi : on tremble. Progressivement, on apprend pourquoi Hayley vit seule avec son père, qui était sa mère, qui était vraiment le père de Tommy et ce qu’il a fait subir à son fils, etc. Chaque personnage – hormis Graham – possède une double face qui fait osciller le lecteur du dégoût à l’empathie et inversement.

    Héléna, qui donne son nom au livre, n’apparaît qu’à la fin. Elle est censée donner une clé de compréhension à cet enchevêtrement de fureurs mais, sincèrement, cela m’a complètement échappé.

  • Si on n’a rien d’autre à lire…

     

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    Voilà deux chroniques qui, je l’espère, vont faire plaisir à mon amie Catherine E. qui aime bien la rubrique « On peut s’en passer ». Il m’arrive en effet de ne pas parler des livres que je n’ai pas appréciés sous prétexte que je n’ai déjà pas assez de temps pour écrire sur ceux que j’aime. Mais comme il faut bien alimenter la rubrique…Et puis j’ai remarqué que parfois mes remarques suscitaient l’envie de lire le livre concerné : ce qui leur donne une seconde chance ! Le débat pourrait aussi naître à partir des avis que je donne (je rappelle que vous pouvez déposer vos commentaires dans le cadre prévu à cet effet sous le texte et n’oubliez pas de valider en appuyant sur la touche « entrée »).

    La légende de Bruno et Adèle, de Amir Gutfreund, traduit de l’hébreu par Katerine Werchowski, Gallimard

    Ce livre est le dernier d’Amir Gutfreund, mort à 52 ans et auteur d’un livre culte « Les gens indispensables ne meurent jamais ». Autant le dire d’emblée : je ne suis pas une bonne lectrice de livre policier ou de thriller. J’ai dû certainement déjà l’écrire : le suspens m’ennuie et m’agace en même temps.

    Voici l’intrigue. Trois meurtres sont commis successivement à Tel-Aviv sur une jeune femme, un touriste belge et une femme âgée. Les points communs entre ces trois meurtres ? Une arme à feu d’un modèle ancien et des phrases mystérieuses tracées au pochoir sur les murs. Ces phrases sont tirées de l’oeuvre d’un auteur polonais, Bruno Schulz, assassiné par un officier nazi en 1942.

    Les personnages principaux du livre sont tout à fait loufoques. A commencer par le commissaire Yona Merlin qui collectionne les bons de réduction et oriente ses consommations en conséquence. Il se fait aider dans son enquête par Raï Tsitrin, devenu journaliste par hasard en qualité de spécialiste des graffitis urbains, ainsi que par Zoë une adolescente présente sur un des lieux de crime. Plus un couple important composé d’un vieil homme en fauteuil roulant qui ne cesse de parler à son fils, un géant débile léger qui ne le quitte jamais.

    L’intrigue nous amène dans les années 1940 en Europe sur les traces de Bruno Schulz et au coeur d’une vendetta familiale à la mode de Tel Aviv. Pourquoi me suis-je ennuyée ? Sans doute parce qu’on devine très vite qui est l’assassin même si les liens entre les meurtres ont besoin d’être explicités et que les motivations de l’assassin restent obscures. Les personnages m’ont semblé un peu stéréotypés de l’adolescente anticonformiste à l’intelligence précoce au commissaire désabusé en passant par « l’assassin » qui réclame justice. Quelques personnages secondaires sont esquissés comme s’ils devaient apparaître dans d’autres livres…mais, qui sait, vu que l’auteur est mort en 2015. Un point positif : on apprend qui est Bruno Schulz et le titre de du livre est directement lié à un de ses livres.

    Community, de Estelle Nollet, Albin Michel

    Il est parfois regrettable, en tant que lectrice avertie, de céder à la facilité en se fiant naïvement à l’opinion d’un journal qu’on lit depuis toujours. J’ai commis cette erreur avec ce livre pour lequel je devrais créer la rubrique « Il faut s’en passer ». A ma décharge : le thème du livre m’intéressait. Je résume : un groupe de 10 personnes (8 hommes et 2 femmes) s’installent dans la base scientifique de New Aberdeen (Océan austral) pour une mission scientifique d’un an. L’histoire est racontée par Cookers, le cuisinier de l »équipe originaire de Nouvelle Zélande.

    communityPremière partie : la mission se met en place, les caractères et les relations entre les personnages s’affirment. Deuxième partie : renversement de situation au moment où l’équipe doit quitter l’île. Le bateau qui doit les récupérer n’arrive pas et les communications sont coupées en raison d’une tempête qui a écrabouillé le matériel de transmission. Qui va survivre ?

    Ce que je reproche à ce livre ? Son style familier et parfois négligé et qui manifeste cependant une volonté de faire des effets. L’abus des comparaisons (et pourtant la comparaison est une de mes figures de style favorite). Exemple : « Le grand Jacques avait laissé éclater son rire si particulier qui détalait toujours comme un lapin apeuré sur un parquet ciré égrenant pendant quelques minutes derrière lui des crottes de joie ». Je laisse apprécier…Et parfois…plusieurs comparaisons par page, jusqu’à l’indigestion. Par souci de crédibilité, l’auteure décrit minutieusement tout le matériel utilisé par les scientifiques pour observer les oiseaux (les albatros à bec jaune) et les otaries. Estelle Nollet a effet vécu quelques mois, en résidence d’écrivain, au coeur d’une expédition scientifique. D’où ses connaissances qui seraient plus appréciables dans un reportage ou un compte-rendu.

    La seconde partie du livre est plus réussie car elle utilise des ressorts dramatiques certes classiques pour ce type de récit (qui meurt/qui survit), tout en introduisant des rebondissements parfois surprenants et avec une chute qui nous laisse le pouvoir d’imaginer ce qui pourrait advenir des survivants.

    Sur le thème de la réaction humaine face à l’isolement et au huis-clos, j’ai lu dans la foulée un livre autrement plus réussi : Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin (chronique suivante).

    Avis à celles et ceux qui seraient intéressés par la lecture de La légende de Bruno et Adèle ou de Community : ces deux livres ont intégré les piles « à vendre au bouquiniste » ou « à donner à RecycLivre » mais ils sont aussi à votre disposition (gratuite) si vous en avez envie. Faites-le moi savoir. Les livres sont faits pour tourner….

     

     

  • Lus en traînant les yeux

    Je n’aime pas « critiquer » des livres que je n’ai pas aimés, c’est pourquoi j’ai créé la catégorie « On peut s’en passer ».

    Voici deux livres que j’ai lus en traînant les yeux (ils font en moyenne chacun plus de 600 pages !), mais, va savoir pourquoi, je suis allée jusqu’au bout. Deux explications possibles :  soit ils ne sont pas si ennuyeux que cela, soit j’ai cédé à la curiosité pour connaître la fin !

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    Bibliothèque du Sénat/ Photo Ph.Dixmier

    7 de Tristan Garcia, Folio

    La construction du livre est très élaborée : 7 histoires successives, sans lien apparent, dont la dernière (et la plus longue) découpée en 7 parties (cette construction m’a rappelé un professeur de philosophie en prépa qui nous apprenait à découper nos dissertations en 7 parties découpées en 3, ou le contraire, je ne sais plus, le souvenir est trop cruel…). Nous sommes dans le domaine du fantastique, de l’anticipation, du réalisme magique ? Je ne sais pas. Le meilleur résumé de ce livre, je l’ai trouvé dans un article de l’Obs, sous la plume de David Caviglioli :

    « Un dealer tombe sur une drogue qui réveille un état antérieur de notre mémoire, donc notre jeunesse. Une star du rock entend, dans un enregistrement du XIXe siècle, une chanson qu’il croyait avoir composée en 1980. Une vieille communiste se réveille dans une France où la révolution a eu lieu. Des gens qui croient aux extra-terrestres disparaissent quand ils cessent d’y croire. La France s’est vidée de tous ses croyants qui se sont réfugiés dans des ghettos idéologiquement homogènes, coupés du territoire. Un homme se découvre immortel : à chaque fois qu’il meurt, il renaît, en gardant la mémoire de ses vies antérieures. »

    Cette dernière, et septième partie est la meilleure, à mon avis. On y ressent la jubilation de l’auteur à inventer, à chaque fois, une nouvelle vie à sa créature. Quel sens à tout cela ? J’avoue qu’il m’a échappé. Selon D. Caviglioli, T.Garcia serait un « théoricien pointu du réalisme spéculatif ». J’aime bien cette idée mais les spéculations de T. Garcia à partir du réel m’on plutôt plombée. On peut aussi se laisser embarquer sans autre forme de procès.

    Un bon point pour lequel je sauverais presque ce livre : une comparaison en page 86 (j’adore les comparaisons quand elles sont réussies) qui va entrer dans ma collection : « (…) et il serait malhonnête de ma part de ne plus vouloir fréquenter que les freaks qui sont beaux, qui sentent bon et qui ont le cerveau rangé comme le tiroir à chaussettes de ma mère. »

    La serpe de Philippe Jaenada, Julliard

    J’aime beaucoup les livres de Ph. Jaenada. Et en plus il est drôle, ce qui n’est pas si fréquent dans la littérature française contemporaine. Raté : ennui total avec La Serpe.

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    Galerie Vivienne/ Photo Ph.Dixmier

    Ce livre est une reconstitution, une tentative de résolution d’un crime commis en 1941 : trois personnes assassinées à coup de serpe dans un château du Périgord. Tout semble condamner Henri Girard, le fils de la famille, un homme antipathique, dur, sans rien de bienveillant auquel s’accrocher. Henri Girard est aussi l’auteur du scénario du Salaire de la peur, le célèbre film de Clouzot, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud ainsi que d’autres livres (Ph. Jaenada tient G. Arnaud pour un grand auteur). Jaenada nous convie à le suivre dans ses recherches sur les traces d’H. Girard. Nous avons aussi le droit de pénétrer dans l’intimité de l’auteur en déplacement, avec ses problèmes de voiture, sa vie de famille qui lui manque, etc.

    H. Girard sera acquitté au terme d’un drôle de procès. Sa défense est assurée par un célèbre avocat de l’époque : Maître Garçon. Bref ! La reconstitution de la scène de crime m’a ennuyée (comme je l’ai lu je ne sais plus où, on se croirait dans une partie de Cuedo, avec trois cadavres et un assassin dont on se sait comment il est entré et sorti), les incohérences du procès m’ont échappé, et le personnage principal a du mal à susciter l’empathie malgré la bonne volonté de l’auteur. Et en plus, Jaenada n’arrête pas de faire allusion à un autre de ses livres, « La petite voleuse » (encore une accusée), que je n’ai pas lu. Je n’ai pas non plus retrouvé le brio du style de Jaenada ni sa virtuosité dans l’art de manier les parenthèses.

    Après avoir refermé le livre, j’étais bien incapable d’avoir une opinion sur la culpabilité d’H. Girard. un point positif : un tableau formidable de la vie en France dans les années 50 (par forcément attirante).

    Je laisse le dernier mot à Ph. Jaenada, pour défendre, non sans ambiguité, son personnage :

    page 287 : « Voilà, le dossier se referme. Henri Girard a écrit de beaux romans, forts, qu’il faut lire. L’altruisme et l’énergie combative de la deuxième partie de sa vie ont largement compensé l’égoïsme et la futilité de la première, mais, entre les deux, pour toujours, empestent, putréfiées, quelques heures de barbarie impardonnables. La mort hideuse de trois personnes, saignées dans la nuit, deux femmes qui n’avaient rien fait de mal dans leur vie et un homme formidable, Georges Girard. Fin de l’histoire, une erreur de judiciaire de plus. »

    Ph.Jaenada apprécie aussi les figures de style :

    Comparaison, p.355 : « (…) ces 19 mois qu’il a vécus, sous le poids des pires soupçons possibles, l’ont métamorphosé aussi radicalement qu’un prince en crapaud, ou qu’un grain de maïs en pop-corn après passage à la casserole. »

    Prétérition (figure de style favorite de Ph. Jaenada), p.123 : « qui consiste à dire, par exemple, « je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler que Santiago est la capitale du Chili », « le responsable de tout ce bazar est J.J. Marteau pour ne pas le nommer ». »

     

  • Douleur

    de Zeruha Shalev

    Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, Gallimard

    Ah ! La tête de ma libraire préférée quand je lui ai annoncé que je n’avais pas accroché à ce livre (à peu près la même tête quand, il y a quelque temps, j’avais dit ne pas avoir adoré « Réparer les vivants » de Maylis de Kerangal).

     

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    Paris, Les Halles, mai 2017 Photo : Ph. Dixmier

    Ce qui m’a agacée dans Douleur, c’est Iris….le personnage principal. Ce qui est embêtant vu qu’elle est présente à toutes les pages. Iris est le genre de femmes qui ressent tout plus que les autres : elle est plus sensible, plus fragile, etc. Elle a des circonstances atténuantes. Iris a été blessée (sérieusement blessée) dans un attentat et, dix ans plus tard la douleur ressurgit, plus forte. Lors d’une consultation à l’hôpital, Iris retrouve Ethan, médecin spécialiste de la douleur et son grand amour de jeunesse qui l’avait quittée brutalement sans trop d’explications.

    Iris est mariée, même si son couple bat de l’aile, et elle doit en plus affronter une situation difficile avec sa fille qui semble être tombée dans les mains d’un gourou. La passion ressurgit entre Ethan et Iris et c’est là que j’ai commencé à décrocher….Sans doute parce que j’étais persuadée qu’Iris et Ethan ne se retrouvaient pas et que ce retour de flamme n’existait que dans la tête d’Iris. Des indices m’ont poussée à penser cela : le mari d’Iris lui pose peu de questions sur ses absences, Ethan semble planer sans s’intéresser à la vie d’Iris. Il est comme désincarné. Cette interprétation rendrait le livre plus intéressant selon moi mais j’attendais une chute qui n’est bien sûr pas venue.

    En revanche, l’auteure exprime à merveille le basculement que vit Iris à partir de l’attentat. Un basculement violent et physique puisqu’elle est éjectée de sa voiture, une projection qui emmène Iris de l’autre côté du monde.

    p.37, en parlant de son mari et de sa fille « (…) en les voyant, elle avait de temps en temps l’impression que son vol plané l’avait propulsée à une vitesse supersonique dans un autre pays d’où elle ne pourrait plus jamais les atteindre. »

    Pour me faire pardonner de ma libraire, j’ai lu, sur ses conseils, N’essuie jamais de larmes sans gants, de Jonas Gardell. Un livre suédois de 600 pages qui raconte comment a été vécue l’apparition du SIDA en Suède et comment les malades ont été maltraités. Résumé ainsi, cela peut effrayer mais c’est un livre magnifique (sortez vos mouchoirs !) qui fera l’objet d’une prochaine note de lecture.