La Maison des Feuilles

de Mark Z. Danielewski

Par Zampano, avec une introduction et des notes de Johnny Errand

Traduit par Claro

Deuxième édition remastérisée, Monsieur Toussaint Louverture

Ceci n’est pas un livre mais une expérience de lecture (voilà que je m’exprime comme une spécialiste en marketing !). J’en suis venue à bout malgré quelques tentations d’y renoncer. Difficile à résumer mais essayons : Will et Karen Navidson, un couple new-yorkais, emménagent dans une nouvelle maison en Virginie. Will est un photo-reporter célèbre pour avoir notamment réalisé la photo d’une jeune soudanaise affamée en train de ronger un os sous l’oeil gourmand d’un vautour qui attend son moment. Karen est un ancien mannequin.

La maison dans laquelle le couple vient d’emménager se révèle plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. A partir d’un couloir qui mène vers des espaces inconnus, Will va mener de véritables expéditions (le mot est bien approprié) – dont certaines mortelles – pour tenter de découvrir ce qui se cache au bout de ce labyrinthe invisible et sans fin.

« En leur absence, la demeure des Navidson était devenue quelque chose d’autre, et sans être exactement sinistre ou même menaçant, le changement réduisait néanmoins à néant tout sentiment de sécurité ou de bien-être. »

La Maison des Feuilles n’est pas un récit linéaire. Plusieurs récits se croisent dans ce livre multi-couches : celui de Zampano qui a rédigé un document thèse à partir du film réalisé par Navidson dans sa maison-labirynthe, et les commentaires de Johnny le tatoueur qui a découvert ce document dans l’appartement de Zampano.
L’enchevêtrement des récits se concrétise dans la mise en page du livre qui alterne les typographies et les découpages du texte : aucune page ne se ressemble mais on finit par s’y retrouver dans ce labyrinthe où l’auteur plonge son lecteur. On tombe parfois sur des pages où ne figure qu’une phrase, un seul mot. La lecture de ce livre engage aussi le corps du lecteur car il faut parfois le manipuler d’un sens à l’autre pour suivre son récit.

On peut choisir ses niveaux de lecture : poursuivre le récit d’un des narrateurs de façon linéaire par exemple et revenir en arrière pour les autres récits.


C’est un livre dans lequel il faut accepter de faire son propre chemin. « Un récit horrifique moderne » (une expression que j’ai trouvée je ne sais plus où). Mais je ne veux pas laisser croire que l’intérêt de La Maison des feuilles ne résiderait que dans sa forme : c’est aussi une histoire mystérieuse, captivante et parfois horrifique.

Quand je parlais d’expérience de lecture !

Et surtout ne pas se décourager même si dès la première page l’auteur nous accueille ainsi : « Ceci n’est pas pour vous« .

Les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont réalisé une vidéo formidable sur ce livre. Je vous encourage à y plonger.

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