Auteur : isacosta2013

  • Essai d’épuisement de ma pile de livres 2025/2026

    Essai d’épuisement de ma pile de livres 2025/2026

    Il y a quelques semaines je me suis lancée un défi lecture : épuiser la pile de livres achetés en 2025 et 2026 et que je n’ai pas encore lus (alors que j’en ai acheté et lu d’autres entretemps). Comme je marque à l’intérieur des livres la date d’achat et le nom de la librairie, c’est facile de les retrouver. Et ils sont en pile bien sûr ! J’en ai donc recensé 15 et j’en suis au…9e. Il faut que je me dépêche car je suis très tentée par certains livres de la rentrée littéraire.
    (Pour lire l’article en entier, il suffit de cliquer sur le titre du livre)

    Très brève théorie de l’enfer de Jérôme Ferrari
    Je l’ai lu dès sa sortie et je l’ai relu à l’occasion d’une rencontre organisée par la librairie Mazette avec l’auteur. Ce livre m’a impressionnée. Une plongée brûlante et désespérante dans l’enfer de l’expatriation et de l’immigration aux Émirats Arabes Unis. Un livre qui parle d’altérité.

    Si peu de Marco Lodoli
    Une fable touchante qui raconte une histoire d’amour impossible entre la concierge d’une école et un professeur romancier. Elle l’aime pendant 40 ans, il ne l’a jamais vraiment regardée jusqu’au jour où…Une histoire d’amour triste par un auteur italien que j’ai eu du plaisir à découvrir.

    Un air de famille d’Alessandro Piperno
    Encore l’Italie. J’aime beaucoup la littérature italienne. Un air de famille raconte la rencontre improbable entre un universitaire de 50 ans, banni de son université et un lointain petit cousin âgé de 8 ans, devenu orphelin et dont on confie la garde au professeur. Ils vont partager quelques années et apprendre à se connaître. Des personnages inattendus, des rebondissements malheureux. Un livre tendre et grinçant. J’aime beaucoup cet auteur, « enfant terrible des lettres italiennes » comme il est souvent présenté.

    Sur ma route de Carolyn Cassady
    Si vous avez aimé Sur la route (1957) de Jack Kerouac, si vous avez envie de sentir l’ambiance californienne des années 50 et de la beat génération, lisez ce livre autobiographique de Carolyn Cassady qui a bien connu les « clochards célestes » car elle était mariée avec l’un d’entre eux : Neal Cassasy. Dans ce livre souffle un air de liberté même si la vie de Carolyn n’a pas toujours été facile. L’envers du décor de Sur la route.

    Adieu Zanzibar de Abdulrazak Gurnah
    Un livre qui m’a permis de découvrir cet auteur anglophone qui a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2021. Une histoire d’amour triste (encore !) qui poursuit une famille sur plusieurs générations.

  • « Sur ma route » : Carolyn et les clochards célestes

    « Sur ma route » : Carolyn et les clochards célestes

    Sur ma route – Ma vie avec Neal Cassady, Jack Kerouac, Allen Ginsberg et les autres – de Carolyn Cassady – 10/18 – 1990 – traduit de l’américain par Marianna Véron (2000 pour la traduction française)


    J’ai adoré découvrir ce libre qui dormait dans ma bibliothèque depuis quelques années. L’envers du décor du célèbre roman de de Jack Kerouac, Sur la route (1957).

    Carolyn Cassady (1923-2013) était la femme de Neal Cassady, le meilleur ami de Jack Kerouac, dépeint sous les traits de Dean Moriartry dans Sur la route. Carolyn le décrit comme un homme très séduisant, fantasque, aventurier. Il séduit Carolyn dès leur première rencontre. Rien ne la prédisposait à vivre avec un homme tel que Cassady. Issue d’une famille catholique de la classe moyenne, Carolyn se destinait à des études artistiques. Sa vie avec Neal, la naissance de ses trois enfants, vont tout bouleverser.

    Ce qui est frappant dans ce livre, c’est l’incroyable liberté dans laquelle vivaient ces Californiens des années 50. Surtout les hommes, évidemment. Neal apparaît et disparaît régulièrement, ramène ses maîtresses à la maison (malgré sa jalousie, Carolyn a toujours de la compassion pour ces femmes maltraitées par Neal), et finit plusieurs fois en prison. Cependant il travaille durement, accepte des emplois difficiles pour nourrir sa famille. Neal est aussi un bon père mais un père dont la liberté exige qu’il rejoigne régulièrement la bande des « clochards célestes », Kerouac, Ginsberg et les autres, pour prendre la route, faire la fête, …Neal voyage d’un bout à l’autre des USA, parfois dans des conditions et des véhicules incroyables. Carolyn pourrait en vouloir à Neal, le discréditer mais elle l’aimait profondément et le respectait. Elle raconte aussi ses relations avec Kerouac avec qui elle a et une liaison, et Neal aura le culot de manifester sa jalousie !

    Avec Sur ma route, on se plonge aussi dans un milieu intellectuel propre à cette époque. Si Neal est ouvrier pour gagner sa vie, c’est aussi un poète, un lecteur, un amateur de littérature européenne : on parle souvent de poésie, de Proust et de Balzac. Tous forment un groupe étonnant, au charme fascinant et déroutant. Les enfants de Carolyn et Neal forment une troupe aimée de leurs parents, appréciée de leurs amis et qui ont dû vivre une incroyable expérience au contact de ces personnages, et toujours protégée par leur mère Carolyn.

    Encore une histoire d’amour qui finit mal mais j’ai adoré ce livre qui m’a donné envie de relire Sur la route.

  • « Un air de famille » : rencontre entre deux orphelins

    « Un air de famille » : rencontre entre deux orphelins

    Un air de famille – Alessandro Piperno – 2024 – Liana Levi piccolo – traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont


    Le professeur Alessandro Sacerdoti est viré brutalement de l’université romaine où il enseigne la littérature française. Spécialiste de Flaubert, il a osé citer des propos misogynes de l’auteur de Madame Bovary. Une cabale menée par une ancienne étudiante s’ensuit, avec bannissement de sa maison d’édition, du journal où il tenait une chronique, arrêt de ses conférences, etc. Sacerdoti qui est aussi jusqu’à présent un romancier à succès traverse une sale période. Jusque là…une situation devenue presque banale par les temps qui courent dans un contexte déjà évoqué dans La Tache de Philip Roth (2000) et plus récemment dans Hystérie collective (2026) de Lionel Shriver.
    Le décor de Un air de famille est ainsi planté avec un professeur Sacerdoti qui, à 50 ans se réfugie dans sa « tanière d’Alceste » (titre de la deuxième partie) d’où son amie avocate, Valentina, vient le tirer en lui annonçant qu’il est désormais le tuteur d’un lointain petit cousin, Noah, anglo-italien, âgé de 8 ans et dont les parents viennent de mourir dans un accident de randonnée. Sacerdoti a toujours estimé que les enfants étaient « embarrassants »…Les relations entre le quinquagénaire célibataire et l’orphelin sont évidemment compliquées. Noah a du mal à se séparer de sa baby-sitter, Mary. Contrairement à son « oncle » Alessandro, il suit strictement les rites du judaïsme.

    Avec l’arrivée de Noah dans sa vie, on en apprend un plus sur Alessandro Sacerdoti : il vient d’une famille juive italienne, il a été élevé par un oncle fortuné, dans un grand appartement de Rome. Il est orphelin de mère et son père était en prison à cette époque (on l’apprend seulement page 337 !) et on ne sait pas pourquoi. Est-ce statut d’orphelins qui donnent à Noah et Alessandro cet « air de famille » ?

    Sacerdoti se révèle un bon tuteur pour Noah. Il fait beaucoup d’efforts pour lui rendre la vie plus douce, lui fait faire du sport, l’emmène au cinéma…ils partagent de bons moments ensemble. En grandissant Noah se dévoile comme un adolescent intelligent, séduisant, doué.

    Quand Sacerdoti est convoqué à Londres pour l’ouverture du testament du richissime grand-père de Noah, leur vie va de nouveau changer. Le tuteur va prendre une décision pour Noah qu’il regrettera par la suite. Il essaiera de s’en expliquer des années plus tard.

    J’ai beaucoup aimé ce livre qui illustre la rencontre entre deux êtres que rien ne destinait à vivre ensemble. La rencontre de deux orphelins. Alessandro Piperno aborde avec subtilité la façon dont chacun, l’adulte et l’enfant, vivent leur relation avec la religion. Sacerdoti est touchant : c’est un homme tolérant et qui ne se bat pas contre les épreuves de la vie. Il les subit.

    Alessandro Piperno, l’auteur, est chercheur et enseignant en littérature française à l’université de Rome. Il est souvent appelé comme « l’enfant terrible des lettres italiennes » en raison de ses livres qui décrivent des relations familiales toxiques. Il avoue une relation « profonde et contrastée » avec la France. Pour en savoir plus sur ses relations avec l’écriture, la France, le judaïsme, il faut regarder l’interview qu’il a donnée à Pierre Assouline, le 17 avril 2026, au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme.

  • « Adieu Zanzibar »où les histoires d’amour finissent mal

    « Adieu Zanzibar »où les histoires d’amour finissent mal

    Adieu Zanzibar d’Abdulrazak Gurnah – Denoël et Folio – 2005 – Traduit de l’anglais par Sylvette Gleize (2022 pour la traduction)

    Encore des histoires d’amour qui finissent mal sur plusieurs générations. C’est triste et beau.

    Abdulrazak Gurnah est né en 1948 à Zanzibar (archipel de l’océan indien rattaché à la Tanzanie). Il a fui son île natale dans les années 60, pendant la évolution, et s’est installé en Angleterre. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2021. Il est professeur d’anglais et de littérature post-coloniale l’université du Kent en Angleterre.

    1899 à Zanzibar, un épicier indien, Hassalani, croise sur le chemin de la mosquée, un homme qui s’écroule à ses pieds. Cet homme est un Anglais, prénommé Pearce. Hassalani le ramène chez lui et le soigne avant de le confier à un administrateur anglais. Hassalani vit avec sa femme et sa soeur Rehana qui vivra une grande histoire d’amour avec Pearce. Fin de la première partie du livre.

    Dans la deuxième partie, on rencontre de nouveaux personnages qui semblent sans lien avec les précédents. Cette partie se déroule dans les années 50 autour d’une famille de musulmans pratiquants : le père et la mère tous deux enseignants et leurs trois enfants Farida, Amin et Rashid.

    Troisième partie : nous suivons Rashid qui est parti terminer ses études en Angleterre et qui raconte la vie d’un exilé, dans les années 60, une vie difficile même pour un « étudiant de haut niveau ». La correspondance entre les deux frères, Amin et Rashid est intense. Elle nous apprend qu’Amin avait eu pour amante une femme divorcée, plus âgée que lui qui se nomme Jamila. Une liaison que ses parents, rigoristes, l’obligent à rompre. Qui est Jamila ? Le personnage est en lien avec la première partie du livre et les amours condamnées de l’anglais Pearce et de Rehana, la soeur d’Hassanali.

    Retour à Zanzibar est un roman à la structure apparemment désorganisée qui maintient l’intérêt la curiosité du lecteur pressé de comprendre les liens entre les personnages. Une lecture dépaysante. Un auteur à découvrir.