Étiquette : Patrice Jean

  • Epuisement de la pile (part.2)

    Epuisement de la pile (part.2)

    La pile 2025/2026 évoquée dans mon dernier article est épuisée (même si 2026 ne l’est pas et qu’une nouvelle pile s’est constituée…). Une pile éclectique composée de 5 livres et dans laquelle je n’ai pas inclu les livres commencés et non terminés parce qu’ils ne me plaisaient pas. Le lien inséré dans chaque titre donne accès à l’article complet.

    Carnets du grand chemin de Julien Gracq : Un livre que j’ai acheté lors d’un séjour en Vendée dans une librairie spécialisée dans les ouvrages régionaux. Je pensais que J. Gracq écrivait sur le chemin de Compostelle. Il n’en est pas question. Avec Carnets du grand chemin on traverse la France, parfois l’Europe, en compagnie d’un géographe au vocabulaire scrupuleux. Certains passages se lisent comme des poèmes. Julien Gracq y livre aussi des sentiments personnels sur la guerre, son expérience d’enseignant pendant l’occupation, son engagement communiste et ses liens avec le surréalisme. J’ai beaucoup aimé.

    1966, année mirifique de Antoine Compagnon : En 1966, Antoine Compagnon avait 16 ans. J’en avais 9 et j’ai pris plaisir à découvrir ce journal d’une année, déterminante pour la France selon A. Compagnon. On y voit défiler des noms et des événements qui sonneront familièrement aux oreilles de certaines générations et que d’autres découvriront avec intérêt : Mauriac et Aragon, André Malraux, Godard et Bresson, etc. Passionnant.

    Ghost Stories de Siri Hustvedt : Paul Auster est décédé le 30 avril 2024. Sa femme Siri nous livre, après sa mort, la chronique de leur vie, de leur vie de famille, de leurs échanges d’écrivains, et des derniers jours de Paul. Une chronique émouvante, intime et pudique. A lire évidemment par tous les fans de Paul Auster et aussi par ceux qui aiment les belles histoires d’amour. J’aime beaucoup la photo de couverture qui révèle une belle complicité.

    L’homme surnuméraire de Patrice Jean : un roman acide sur la condition de l’homme moderne. Serge Le Chenadec, 45 ans, marié, deux enfants, est-il l’homme en trop dans sa famille ? Il est aussi le personnage principal d’un livre dont on parle beaucoup dans le milieu de l’édition. Le livre repose sur une habile construction en abyme. On se régale et on finit par éprouver de la compassion pour Serge.

    On l’appelait Bennie Diamond de Michael Dichter : Un livre original qui nous entraîne dans le milieu des diamantaires d’Anvers. On y suit la trajectoire du jeune Bennie Diamond qui préfère le travail du diamant à l’atelier de couture où travaille son père. Bennie monte rapidement en grade dans le milieu fermé des diamantaires mais attention à la chute. Un livre bien écrit, découvert avec plaisir.

  • L’homme surnuméraire

    L’homme surnuméraire

    L’Homme surnuméraire de Patrice Jean, Editions rue Fromentin, 2017

    Sommes-nous devant un roman sur la condition de l’homme moyen contemporain ? Selon le dictionnaire Larousse, surnuméraire désigne ce qui est en surnombre, c’est à dire en plus d’un effectif, d’un nombre fixe ou d’une norme établie. En trop, pour résumer.

    Cet homme surnuméraire s’appelle Serge Le Chenadec, 45 ans, marié à Claire, deux enfants, agent immobilier. Il vit en région parisienne. Dans la première partie, on suit l’histoire de Serge, malmené par sa femme et ses enfants. Patrice Jean dresse de Claire un portrait acide : une jolie femme qui s’estime mal mariée, se lance dans l’humanitaire, méprise son mari décrit comme un homme lourd, gras et chauve. On se régale en lisant les simagrées qu’elle déploie auprès « d’amis écossais » rencontrés par hasard, en vacances. Et pendant qu’elle séjourne en Ecosse avec ses enfants après avoir persuadé Serge que ce voyage ne l’intéressait pas, celui-ci décide de rendre visite à ses parents, en Mayenne. Durant ce séjour Serge va renouer avec Chantal, une femme discrète et timide, qui était dans la même classe que lui au lycée, et qui avait disparu de son environnement. Il la retrouve chez ses parents : elle est leur femme de ménage. Serge et Chantal vont partager un road-trip qui va les mener de la Mayenne à Figeac (Lot). Proche du suicide, Serge propose cette idée de voyage à Chantal.

    Deuxième partie surprenante : on apprend que Serge est en fait le héros d’un livre appelé, L’Homme surnuméraire, écrit par un certain Patrice Horlaville. L’Homme surnuméraire est un livre dont on débat dans le milieu littéraire que fréquente Clément Artois, la trentaine, au chômage, grand lecteur et chargé par les Éditions Langlois de couper, dans les grands livres classiques, « les morceaux qui heurtent trop la dignité d l’homme, le sens du progrès, la cause des femmes…pour les rendre humanistes. » Il s’agit en fait de faire digérer certains passages aux lecteurs sensibles d’aujourd’hui. Et l’on demandera par la suite à Patrice Horlaville de réécrire la fin de son livre…

    Un livre construit habilement selon le procédé littéraire de la mise en abyme. Tout est passé au crible critique de Patrice Jean : le milieu littéraire et universitaire que fréquente Artois, la petite bourgeoisie dont sont issus Serge et Claire, gonflée d’importance quand elle se tourne vers l’humanitaire. On finit par ressentir de la compassion pour Serge, l’homme en trop dans sa famille. Patrice Jean nous rappelle la force de la bêtise (référence à Gustave Flaubert) qui traverse notre société.

    Patrice Jean est professeur de Lettres, et auteur d’une douzaine de livres.