Jean-Christophe Rufin – Immortelle Randonnée, Compostelle malgré moi – Folio – 273 p.
Alix de Saint-André – En avant, route ! – Folio – 349 p.
En mars 2025, une amie m’a proposé de parcourir avec elle, à pied, pendant 6 jours, le chemin portugais (camino Portuguèse) qui mène à Santiago (Saint-Jacques de Compostelle). Avant de partir j’ai lu Immortelle randonnée de J.Ch. Rufin et, quelques semaines après mon retour, En avant, route ! dans lequel A. de Saint-André raconte ses « 3 chemins ». Point commun entre ces deux auteurs et nous : nous avons accompli une partie de notre périple en Galice (Espagne). C’est tout. Deux lectures que je recommande aux futurs pèlerins pour leurs bons conseils pratiques et spirituels. Au programme : pieds gonflés, dortoirs bruyants, et l’art d’alléger son sac à dos et… son âme !
« On part pour Saint-Jacques avec l’idée de liberté et bientôt on se retourne parmi les autres, un simple bagnard de Compostelle. Sale, épuisé, contraint de porter sa charge par tous les temps, le forçat du chemin connaît les joies de la fraternité, à l’image des prisonniers. » Une entrée en matière, qu’on peut trouver décourageante, tirée d’Immortelle randonnée mais fidèle à l’expérience de l’auteur, parti sac et tente sur le dos et qui recherchait plutôt la solitude. J.Ch. Rufin a parcouru 800 kms depuis Hendaye (64), sur le Camino del Norte, réputé le moins fréquenté.
Selon Jean-Christophe Rufin, confirmé par de nombreux témoignages, ce n’est pas le point d’arrivée qui compte mais le point de départ. Il est fréquent qu’on s’interroge entre marcheurs par cette question : d’où es-tu parti ? Choisir Le Puy-en-Velay (43) ou Vézelay (89) comme points de départ vous classe en effet dans le top des pèlerins.
Pourquoi ?
Telle est la question qu’on vous pose fréquemment quand vous évoquez votre randonnée vers Compostelle : « Comment expliquer, à ceux qui ne l’ont pas vécu, que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s’engager. A la confusion et à la multitude des pensées qui ont poussé à prendre la route, il substitue la simple évidence de la marche. On est parti, voilà tout. «
Pour Rufin, le Chemin est une véritable expérience du dépouillement, l’occasion de réfléchir sur ce que l’on porte (aussi sur son dos) et sur son rôle. Au fur et à mesure les marcheurs enlèvent les affaires inutiles de leur sac à dos, et parfois de leur vie. A force de marcher, le pèlerin se retrouve dans une sorte d’état second qui, selon Rufin, le place dans un état de réceptivité spirituelle (et de souffrance des pieds), qui s’exprime selon les croyances de chacun.
Dans une interview (août 2014), J. C. Rufin utilise une jolie expression pour qualifier son expérience de Compostelle. Il parle d’une « vaccination contre la futilité » qui nécessite des rappels car on est vite repris par la vie. « L’effet du chemin n’est pas absolu« .
On n’est jamais seul sur le Camino
Alix de Saint-André ne connaissait rien au Chemin. Elle démarre avec l’étape réputée la plus difficile malgré sa distance : 27 km de Saint-Jean-Pied-de-Port (64) à Roncevaux (Espagne).
Les rencontres avec d’autres pèlerins font partie des charmes du Chemin, et le récit d’Aix de Saint André privilégie cet aspect. Lors de son troisième pèlerinage, elle s’agrège à un groupe de 7 marcheurs, hommes venus de tous les horizons, qu’elle appelle « mes maris ». Elle est la reine des soins de pieds, une compétence très appréciée sur le Chemin.
Son premier Chemin est l’occasion d’arrêter la cigarette (depuis elle a repris : pas de miracle vers Compostelle). Elle y rencontre une jeune brésilienne, Raquel, avec qui elle chemine un moment. Raquel l’agace autant qu’elle l’émeut. Cette rencontre l’a aidée car Raquel est une marcheuse « aussi nulle » qu’elle. Alix de Saint-André décrit avec brio et humour l’ambiance des dortoirs et des réfectoires.
« On part pour son âme et on découvre un corps« . Tous les pèlerins ont mal quelque part, soutient Alix de Saint-André.
En avant, route ! (expression tirée du poème d’Arthur Rimbaud, Démocratie, dans les Illuminations). est un récit drôle et profond. Pour Alix de Saint-André, c’est une expérience qui permet de vivre selon des valeurs spirituelles, un espace où rien ne coûte cher. Progressivement, on apprend la frugalité sur le Chemin, on rencontre la pauvreté et aussi…celle des ses pensées.
J’ai savouré le passage où elle raconte sa rencontre avec un pèlerin accompagné d’un âne capricieux. Fille d’un militaire, cadre de Saumur, Alix de Saint-André croyait tout savoir sur les équidés ! Elle a trouvé son maître. Un passage qui évoque, évidemment, le récit de Stevenson Voyage avec un âne dans les Cévennes. On se demande pourquoi les ânes sont assimilés à la bêtise alors qu’ils ont l’air plutôt malins pour embêter les hommes.
A lire avant ou après le départ ?
Le récit de Rufin – que j’ai lu avant de partir – m’avait un peu effrayée mais pas dissuadée. Il y décrit des étapes difficiles, pluvieuses, et parfois ennuyeuses. Il est vrai que le Chemin vous fait traverser des noeuds routiers, frôler des autoroutes et enjamber des glissières le long des nationales : des exploits dont on se passerait bien.
Chez Alix de Saint-André, j’ai apprécié la description de l’ambiance du Chemin (moins virile que son collègue Rufin) et l’expression de ses faiblesses. Et puis elle donne de bons conseils sur la façon d’alléger son sac à dos, de manger et de lutter contres les ampoules aux pieds.
Conclusion de ces deux lectures : il manque à mon expérience quelques kilomètres supplémentaires (nous en avons accompli environ 140), de la pluie (6 jours de soleil), l’épreuve du dortoir avec ronflements et pieds qui puent (hébergées dans une chambre pour deux) !

Votre commentaire