Le Magicien : La biographie de Thomas Mann imaginée (revue ?) par Colm Tóibim.

de Colm Tóibim – Traduit de l’anglais (Irlande) par Anna Gibson

Je ne m’attendais pas à ce portrait de Thomas Mann. On suit l’écrivain prix Nobel de littérature ,de son enfance à son retour en Allemagne après son exil lors de la Seconde Guerre mondiale. Il est assez fascinant de constater comment Thomas Mann a traversé cette période exceptionnelle de l’histoire européenne : de loin, protégé par son aura de grand écrivain, son travail, l’argent qui lui a permis de vivre son exil dans de très bonnes conditions.
Thomas Man et sa femme Katia Pringsheim, issue d’une famille juive allemande, ont eu cinq enfants qui ont aussi traversé la guerre en s’éparpillant aux quatre coins du monde. Il est étonnant de réaliser comme certaines personnes pouvaient se déplacer facilement dans une période si difficile.
Thomas Man écrivain est un peu survolé à mon avis : on le voit au quotidien dans son travail. Ses matinées sont réservés à l’écriture. Toute la famille se plie à son rythme. Colm Tóibim nous emmène dans l’atelier de création des trois œuvres majeures de T. Mann : La Mort à Venise, Les Buddenbrook, La Montagne Magique. On apprend que ce livre lui a été inspiré à la suite d’un séjour de sa femme dans un sanatorium.
L’homosexualité refoulée de Thomas Man est traitée avec beaucoup de délicatesse par Colm Tóibim. L’identification de Thomas Man au personnage principal de La Mort à Venise n’est pas une découverte, surtout depuis le film de Luchino Visconti (1971), adapté du livre. Les relations entre les époux sont évoquées en faisant ressortir la tendresse et la solidarité entre l’écrivain et sa femme Katia qui l’a toujours soutenu et protégé.

Pourquoi le magicien ? Ses enfants l’appelaient ainsi en raison des petits tours de magie qu’il réalisait pour amuser ses enfants. Et aussi parce qu’il est un magicien de l’écriture.
Ses enfants ? Certains l’adorent et d’autres souffrent de son aura internationale et de son absence apparente d’affection. Qu’il est difficile d’être les enfants d’un magicien qui appartient à la postérité !

Brooklyn : le portrait d’une femme en exil


Dans la foulée j’ai lu Brooklyn du même auteur publié en 2009 (paru en 2011 pour la traduction par Anna Gibson)n. L’histoire d’Eillis, jeune irlandaise qui, dans les années 50, quitte son Irlande natale pour s’exiler à New York et plus particulièrement à Brooklyn, où elle va vivre et travailler pendant deux ans.
Pour sa première traversée de l’Atlantique, Eillis va vivre un voyage épouvantable. La description d’une nuit de tempête où tous les passagers sont malades, est particulièrement réussie pour les personnes qui, comme moi, souffrent du mal de mer.
A New York, l’attendent un travail et une chambre louée dans la pension de Madame Kehoe qui n’accueillent que des jeunes femmes. Eillis commence sa nouvelle vie dans un magasin tenu par une famille italienne. On découvre les règles qui régissent la vie entre les communautés émigrées : les bals organisés par le père Flood (celui grâce à qui Eillis a pu venir aux USA), la communauté italienne à travers la famille de Tony, le jeune homme qu’Ellis rencontre lors d’un bal. Eillis est différente des autres jeunes femmes de la pension : elle est travailleuse (elle suit des cours du soir pour être comptable), peu coquette, elle n’apprécie pas les bals contrairement aux autres jeunes filles exilées qui rêvent d’y rencontrer des fiancés !


Cependant, à partir du moment où Eillis rencontre Tony, la vie de la jeune femme va être plus facile. Tony est un jeune homme charmant, travailleur (il est plombier comme Mario :)), vient d’une famille soudée.
Les échanges de lettres sont fréquentes entre Eillis, sa mère et sa soeur Rose, qui est un modèle, une figure d’autorité pour la jeune exilée.
Deux ans après avoir quitté son pays natal, Eillis y revient en raison d’une tragédie familiale. Tony s »affole à l’idée qu’Ellis ne revienne plus à New-York. L’engagement qu’ils prennent alors sera-t-il assez fort ? Le retour en Irlande est brutal. Eillis a changé et tout son entourage irlandais en est conscient. Les retrouvailles avec ses amis de jeunesse, la joie du retour, la solitude de sa mère amènent Eillis à se poser la question : faut-il rentrer à Brooklyn où Tony l’attend ?

Brooklyn est un livre dans lequel on se laisse glisser avec fluidité et un grand plaisir. Un livre qui exprime avec justesse ce que peut éprouver toute personne amenée à s’exiler. Un beau portrait de femme et de personnes courageuses dans des contextes où la vie était tellement difficile.

Long Island, paru en 2024, poursuit l’histoire d’Ellis.

Commentaires

Une réponse à « Le Magicien : La biographie de Thomas Mann imaginée (revue ?) par Colm Tóibim. »

  1. Avatar de Marie Prieur
    Marie Prieur

    Très beau livre. A lire à tout prix

    Marie SARLES 210 Chemin de la mine 13420 Gémenos 06 82 84 47 66

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