Histoire intime de la Ve République – Gallimard
On ne boude pas son plaisir : pour une fois qu’on peut se marrer à la lecture d’un livre politique ! Tout le contexte politique de mon adolescence et de ma jeunesse a défilé à la lecture de La Belle Epoque : Pompidou, Giscard, Mitterand, …Franz-Olivier Giesbert a ressorti ses carnets pour notre plus grand plaisir.
Sacrée carrière de journaliste, du Nouvel Obs au Figaro en passant par La Provence. On croit FOG dilettante mais il se révèle mémorialiste de la Ve République. On se demande s’il ne se vante pas un peu de ses relations très proches avec certains politiques, mais FOG est un homme qui sait reconnaître ses erreurs de jugement, une qualité rare parmi les journalistes politiques de sa génération.
Avec La Belle Epoque on révise avec plaisir une partie de notre histoire politique récente, les institutions de notre République, avec juste la dose de ragots nécessaires pour nous faire passer la pilule des magouilles politiques.

Ce livre s’appelle aussi Histoire intime de la Ve République, car FOG s’y livre en filigrane. Il évoque ses parents et l’influence de sa mère engagée au Parti socialiste, groupie de Michel Rocard et celle de son père, américain. Au fil des pages, on tombe parfois sur le prénom d’une femme, des allusions à ses enfants.
F.O. Giesbert maîtrise à merveille l’art du portrait parfois cruel. J. Chirac c’est Gargantua, F. Mitterand, Raminagrobis. A propos de la vie politique, alors que G. Pompidou se meurt : « Elle est dominée par deux personnages hauts en couleur qui semblent sortis de l’ère des Médicis, Pierre Juillet et Marie-France Garaud, deux bourgeois de province aux airs de châtelains conspirateurs. Parlant au nom du maître, ils chassent jour et nuit le Chaban sur lequel ils ont lâché les chiens. L’intrigue est leur métier. Le poignard à la main, ces sicaires pratiquent l’égorgement symbolique à tour de bras, d’un rideau l’autre, sous le regard malicieux de Michel Jobert, le secrétaire général de l’Elysée, leur ennemi juré, un petit corps maigrelet sous une une tête qui vole très haut. »
J’avoue : j’étais ravie de ses remarques acerbes sur Jean-Paul Sartre, dont la lecture a fait souffrir des générations d’étudiants en lettres (avis personnel). « Quand on compare les destins de Guitry et de Sartre à la Libération, il est clair qu’il vaut mieux dans le monde qui commence être de gauche ou, mieux encore, d’extrême gauche : c’est un passeport pour l’innocence à perpétuité. » Plus loin : « Si j’ai détesté Sartre à ce point, c’est qu’il représente à mes yeux la substantifique moelle de l’esprit du temps : rien. Mauvais dramaturge, mauvais romancier, mauvais camarade, il n’a rien laissé derrière lui en dehors de quelques pastiches d’Heidegger et Les Mots, bien sûr, un chef d’oeuvre, magnifique récit d’enfance. » Cela me venge des heures d’ennui passées à étudier J.P. Sartre. Ce que dit FOG sur Les Mots est très juste mais tout le monde s’accorde sur ce livre comme s’il fallait sauver quelque chose de Jean-Paul Sartre.
On attend avec impatience la suite des mémoires de FOG (parues depuis l’écriture de ce billet que je n’ai pas publié tout de suite).
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