Auteur : isacosta2013

  • La fille dans l’escalier

    de Louise Welsch, traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Scwhaller, Edition Métailié

    Jane et Petra vivent ensemble à Berlin dans le quartier de Mitte. Jane vient d’Ecosse, elle est enceinte. Petra travaille beaucoup, n’est pas souvent présente. Jane maîtrise peu l’allemand et se sent très isolée quand Petra est absente.

    Jane entend des cris, des disputes, des pleurs qui proviennent de chez ses voisins : un médecin qui vit seul avec sa fille adolescente, Anna. Jane croise la jeune fille dans l’escalier, outrageusement maquillée, puis la suit dans le métro où Anna repousse et provoque Jane en se livrant à un jeu malsain avec un groupe de punks. Jane est persuadée qu’Anna est maltraitée par son père et va commencer ainsi à mener sa propre enquête. Elle rencontre un vieux couple qui vit dans un bâtiment délabré qui donne sur la cour de son immeuble. Ils donnent le sentiment de vivre comme si le mur n’était jamais tombé. Ils sont les représentants du Berlin d’avant alors que Petra et Jane sont celles du Berlin d’aujourd’hui, mondialisé, d’avant-garde. Jane erre toujours dans l’escalier, même la nuit, guettant le moindre indice qui pourrait confirmer ses soupçons. Elle se met en danger. On a peur pour elle, pour son enfant. Est-ce son isolement dans un pays qui n’est pas le sien qui la rend paranoïaque ou ses soupçons sont-ils fondés ? Jusqu’au bout on s’interroge.

    Voilà un livre parfait pour convaincre les piètres lecteurs de thriller tels que moi (j’ai du mal avec le suspens). Je suis restée accrochée et j’ai douté jusqu’à la fin du livre. Et puis j’ai apprécié cette ambiance berlinoise à cheval sur deux mondes : l’un abandonné et l’autre en reconstruction.

    Louise Welsch vit à Glasgow où elle est libraire.

    Lu en 2016

     

     

  • « Je ne suis pas jolie, je suis pire »

    noe%cc%88l2
    Mon arbre de Noël 2016

    Princesse de Metternich, Souvenir 1859-1971, Le Livre de Poche

    J’ai acheté ce livre après avoir visité l’exposition « Scandaleux Second Empire », au Musée d’Orsay. La princesse de Metternich était la femme de l’ambassadeur d’Autriche auprès de Napoléon III. Le titre choisi pour ces mémoires fait référence à la prétendue laideur de la princesse : « Un nez en trompette et des lèvres en rebond de pot de chambre. » La princesse était renommée pour son esprit et semblait très appréciée de l’impératrice Eugénie et de l’empereur.

    Même pour moi qui ne suis pas très fan de récits historiques, cette lecture a été un moment délicieux. La princesse n’a pas son pareil pour décrire les enjeux politiques, les réceptions officielles, les bals et aussi les lubies de l’impératrice Eugénie. Deux chapitres m’ont particulièrement amusée : « Une promenade en mer » et « Une ascension sur la montagne de la Rune ». L’impératrice raffolait des excursions auxquelles elle conviait toute la cour. Les deux excursions rapportées par la princesse manquent de virer au drame, ce qui ne semblait pas entamer le moral d’Eugénie décrite comme une personne affable, posée, digne de son rang.

    La deuxième partie du récit est moins drôle. La princesse a suivi la famille impériale jusqu’en exil à Londres, avant d’être rappelée en Autriche.

    Une lecture vraiment intéressante pour comprendre l’effervescence du Second Empire (sentiment renforcé par la visite de l’exposition) et voir « de près » Napoléon III et Eugénie.

    Lu en 2016

  • Les petites chaises rouges

    de Edna O’Brien, Sabine Wespieser Editeur, traduit de l’anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

    (11 451 petites chaises rouges avaient été installées à Sarajevo en 2012 pour commémorer la mémoire des victimes du siège de la ville. Voilà pour l’explication du titre)

    Fidelma vit dans un un petit village irlandais. Elle est mariée à un homme plus âgé qu’elle et avec qui elle semble couler des jours tranquilles. Fidelma est la « belle femme » du village. Arrive dans cet univers tranquille, Vladimir Dragan, venu du Monténégro, auréolé de mystère et prétendant s’installer comme guérisseur. Aussitôt, les autorités religieuses du village s’inquiètent : le guérisseur ne risque-t-il pas d’aborder les questions de sexualité avec les personnes qui viennent le consulter ? Cette scène est l’occasion d’un dialogue savoureux entre le prêtre du village et le guérisseur qui fait semblant de ne pas comprendre. Une nonne est déléguée pour vérifier quels types de soins prodigue Dragan…elle repartira « convertie » et ragaillardie. Voilà pour la seule note de comédie de ce livre qui vire très vite au drame.

    Fidelma va vivre avec Dragan une brève passion amoureuse. Tout va s’effondrer à partir du moment où Dragan est démasqué comme criminel de guerre, emprisonné puis jugé (d’où le lien avec les petites chaises rouges). A partir de là commence la descente aux enfers de Fidelma. Elle va fuir le cocon de son ennuyeux village irlandais pour vivre seule à Londres, dans des conditions parfois épouvantables après avoir subi un avortement forcé d’une rare violence (j’ai dû relire la scène deux fois pour réaliser que j’avais bien compris ce qui se passait). « Le roman de la culpabilité et de la déchéance d’une femme », décrit la 4e de couverture. Mais aussi la rédemption d’une femme qui va jusqu’au bout de sa souffrance (elle assiste au procès de Dragan) et qui consacre ensuite sa vie à aider d’autres femmes aussi meurtries qu’elle.

    Le style d’Edna O’Brien est parfois déroutant (ils se sont mis à deux pour traduire ce livre). On ne sait pas toujours qui parle. Les voix s’entremêlent. Il faut se laisser porter, emporter par ce roman puissant et troublant.

    Lu en 2016

  • Les Intéressants

    de Meg Wolitzer, Editions rue Fromentin, traduit de l’anglais (américain) par Jean Esch

    « On ne louera jamais assez le talent de narration des écrivains américains. », affirme Lou-Eve Popper dans un récent article (Lire/ Novembre 2016/ p.69). Tout à fait d’accord, et voilà une réflexion parfaitement adaptée à ce bon gros roman de 600 pages qui se déguste facilement et avec beaucoup de plaisir.

    Julie (appelée ensuite Jules tout au long du roman), Ethan, Goodman et sa soeur Ash, Jonah et Cathy, se rencontrent en 1974 dans un summer camp dénommé Spirit-in-the-woods. Animé par un couple de gentils hippies, ce camp propose toutes sortes d’activités artistiques aux adolescents. Spirit-in-the-Woods est l’élément fondateur qui va cimenter le groupe. Ils se surnomment eux-mêmes Les Intéressants. A partir de leur rencontre, ce club des 6 ne va pratiquement plus se quitter pendant 40 ans. C’est un hymne à la fidélité en amitié, typiquement américain, mais très réconfortant.

    Certains vont réussir, d’autres réaliser leur incapacité à réussir une carrière artistique ; certains vont former des couples, d’autres vont passer à côté (peut-être ?) de l’amour de leur vie. L’un d’entre eux va connaître un destin tragique, obligé de fuir les Etats-Unis et de vivre dans un pays nordique pour échapper à la justice (l’ambiguité plane sur le fait qu’il ait commis ou non le crime dont on l’accuse).

    Tout tourne autour du personnage de Jules, la dernière arrivée au camp, immédiatement fascinée par ce petit groupe qui l’adopte très vite. Jules vient d’une petite ville proche de New-York. Elle est très attirée par Ash et son frère, new-yorkais « bien nés ». Ethan, lui vient du Queens : il fera fortune grâce à son grand talent en matière d’animation et en « pincera » toute sa vie pour Jules (mais ce n’est pas elle qu’il épouse !).

    Jules se pose perpétuellement la question de leur amitié et idéalise la période où le groupe s’est formé. Voici ce qu’elle en dit à son mari Dennis (qui ne vient pas du groupe « historique ») : p. 292 « Si on se rencontrait tous aujourd’hui, on ne deviendrait jamais amis. (…) Voilà pourquoi les rencontres que l’on fait enfant peuvent sembler idéales, car on est tous égaux et on crée des liens basés seulement sur notre affection réciproque. Mais, plus tard, le fait de s’être connus pendant l’enfance peut devenir la pire des choses car parfois tes amis et toi, vous n’avez plus rien à vous dire à part : « tu te souviens de la rigolade en 3e quand tes parents sont rentrés alors qu’on était complètement bourrés ? » Un constat à la fois cruel et juste mais démenti par leur histoire même si leur amitié est bousculée par des épisodes tragiques.

    Un livre qui se lit comme une gourmandise. Les 600 pages passent facilement. On a le sentiment d’avoir vieilli avec Les Intéressants.

    Lu en 2016