Auteur : isacosta2013

  • En attendant demain

    de Natacha Appanah, Folio

    « Je ne suis pas à ma place ici » répète Anita dans la scène d’ouverture du livre. Invitée à une soirée, elle a refusé violemment les avances du garçon qu’elle accompagnait et se retrouve sur un canapé encombré avec un inconnu, Adam, qui lui aussi se demande ce qu’il fait dans cette soirée.

    Anita vient de l’île Maurice et ne se sent pas à sa place dans le monde des étudiants parisiens. Adam et Anita se marient et déménagent dans le Sud-ouest. Pour Anita commence un parcours difficile pour se faire reconnaître : en tant que femme de couleur dans un milieu uniformément blanc et en tant que journaliste. Elle accepte des piges dans un journal local, au début peu gratifiantes puis, progressivement, elle réussit à se faire accepter et à faire reconnaître ses compétences, à briser le barrage que dresse sa couleur de peau dans certains milieux fermés.

    Et Anita rencontre Adèle. Celle-ci est arrivée en France, clandestinement, à la suite d’un drame familial. Adèle est la gouvernante parfaite d’une famille française standard : elle s’occupe des enfants, de la maison, n’est jamais interrogée sur qui elle est, son passé, etc. Cette famille n’est pas curieuse…Adèle travaille aussi dans un bar le soir où elle est appréciée pour la qualité de ses punchs. C’est là où Anita et Adèle vont se rencontrer et de lier d’amitié.

    Tout bascule à la suite d’un accident dont Adèle est victime. Le livre devrait ici prendre de la force mais les ressorts du drame qui va se produire ne sont pas très clairs (ou alors je n’ai pas bien compris). Pourtant les personnages sont formidables, l’écriture est subtile, la construction bien ficelée (même si, selon moi, le dénouement n’est pas psychologiquement compréhensible). Malgré tout, un livre attachant et un auteur à suivre.

    Lu en 2016

  • Continuer

    de Laurent Mauvignier, Les Editions de Minuit

    Je suis partagée. Je ne suis pas sûre d’avoir aimé ce livre. J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, Sybille et son fils Samuel. Pour le faire rompre avec l’influence négative de ses fréquentations et lui redonner goût à la vie, Sybille entraîne son fils dans une randonnée équestre au Kirghizistan (mot cauchemar des rédacteurs !). Une véritable aventure qui tranche avec leur morne vie.

    Sybille travaille à l’hôpital. On apprend progressivement pourquoi elle a raté une carrière prometteuse de chirurgien. Samuel est un ado que rien n’intéresse, qui frôle la délinquance et se laisse entraîner dans une sordide histoire de viol. On dirait que Sybille et son fils n’ont plus d’affectivité. La randonnée équestre dans un pays paumé pourrait être classiquement le lieu où mère et fils trouveraient la rédemption en faisant preuve de courage, en laissant tomber leurs préjugés grâce à des rencontres « dépaysantes ».

    Pourquoi Samuel a des réactions de raciste ? Pourquoi Sybille reste enfermée dans le souvenir de Gaël, qu’elle a aimé dans sa jeunesse, et qui est mort dans l’attentat de la station RER Saint-Michel en 1995 ? Bon, on découvre les réponses au fur et à mesure mais le message anti-raciste est un peu « lourdingue ». Au Kirghizistan, l’auteur aurait pu prendre de la hauteur ! Dans la série voyage de restauration de lien entre parent et enfant j’ai nettement préféré Les étoiles s’éteignent à l’aube.

    Lu en 2016

  • La vie est faite de ces toutes petites choses

    de Christine Montabelti, Editions P.O.L.

    Ch. Montalbeti raconte par le menu la dernière mission de la navette spatiale Atlantis, en 2011. Une mission qui a mené quatre astronautes américains, dont une femme, vers la station spatiale internationale où ils ont rejoint des astronautes russes.

    Ce n’est pas romancé, c’est un document. Tout y est : la préparation, le portrait de chacun des spationautes, la phase de décollage minute par minute, les menus préparés spécialement pour la mission, l’art de faire ses besoins en apesanteur, etc. Ch. Montalbeti s’est parfaitement documentée. Elle a rencontré des astronautes dont la Française, Claudie Haigneré.

    L’auteure se met dans la position de la « naïve » découvrant un univers dont elle ne connait rien. C’est justement ce ton naïf qui m’a dérangée avec des incursions de l’auteure se mettant en scène dans le récit, donnant des détails inutiles sur ce qu’elle pense ou sur sa vie.

    Dommage ! Je n’ai pas accroché mais je trouve le principe d’écriture tout à fait intéressant : raconter par le détail une aventure technologique et humaine avec ce mélange de descriptions objectives et de réactions de profane.

    Lu en 2016

  • La fin de l’homme rouge

    ou Le temps du désenchantement,

    de Svetlana Alexievitch, Editions Actes Sud, traduit du russe par Sophie Benech

    S. Alexievitch a reçu le prix Nobel de littérature en 2015. La fin de l’homme rouge est un recueil de témoignages bruts sur la Russie soviétique. S. Alexievitch a interrogé des centaines de personnes, simples citoyens, militaires, membres du Parti, etc. Ces témoignages nous sont livrés à la suite, en apparence sans hiérarchie précise. La forme du livre est étonnante, voire déroutante, même si elle construite sur des chapitres. Voici ce que dit l’auteure à propos de la méthode utilisée « pour consigner les traces de la civilisation soviétique » : « Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose, de deviner quelque chose…L’histoire ne s’intègre qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne. »

    Et c’est bien cela qui prédomine à la lecture de ces témoignages : l’émotion des interlocuteurs de S. Alexievitch et celle ressentie par les lecteurs. Même si les témoignages sont redondants, cette redondance est preuve de leur cohérence et de leur crédibilité.

    On sent chez certains une sorte de ressentiment envers ce « nouveau monde » issu de la chute du monde soviétique, parfois du regret. On parle beaucoup de saucisson…Certains ont le sentiment d’avoir été achetés pour de la nourriture et des biens de consommation. L’adhésion aux valeurs du monde capitaliste est loin d’être unanime ; leur rejet parfois clairement exprimé.

    Petite Histoire et grande Histoire mêlées. On est fascinés et en même temps accablés par tant de malheur. Voici ce que dit l’auteure sur les personnes qu’elle a interrogées (page 18) : « J’ai cherché ceux qui avaient totalement adhéré à l’idéal, qui l’avaient si bien intégré qu’il était impossible de leur arracher : l’Etat était devenu leur univers, il leur tenait lieu de tout, il remplaçait même leur propre vie. Ils n’ont pas été capables de quitter la grande Histoire, de lui dire adieu, d’être heureux autrement. »

    On ne lit pas ce livre d’une seule traite mais par petites doses à intercaler avec d’autres lectures.

    Lu en 2016