Auteur : isacosta2013

  • Si on n’a rien d’autre à lire…

     

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    Voilà deux chroniques qui, je l’espère, vont faire plaisir à mon amie Catherine E. qui aime bien la rubrique « On peut s’en passer ». Il m’arrive en effet de ne pas parler des livres que je n’ai pas appréciés sous prétexte que je n’ai déjà pas assez de temps pour écrire sur ceux que j’aime. Mais comme il faut bien alimenter la rubrique…Et puis j’ai remarqué que parfois mes remarques suscitaient l’envie de lire le livre concerné : ce qui leur donne une seconde chance ! Le débat pourrait aussi naître à partir des avis que je donne (je rappelle que vous pouvez déposer vos commentaires dans le cadre prévu à cet effet sous le texte et n’oubliez pas de valider en appuyant sur la touche « entrée »).

    La légende de Bruno et Adèle, de Amir Gutfreund, traduit de l’hébreu par Katerine Werchowski, Gallimard

    Ce livre est le dernier d’Amir Gutfreund, mort à 52 ans et auteur d’un livre culte « Les gens indispensables ne meurent jamais ». Autant le dire d’emblée : je ne suis pas une bonne lectrice de livre policier ou de thriller. J’ai dû certainement déjà l’écrire : le suspens m’ennuie et m’agace en même temps.

    Voici l’intrigue. Trois meurtres sont commis successivement à Tel-Aviv sur une jeune femme, un touriste belge et une femme âgée. Les points communs entre ces trois meurtres ? Une arme à feu d’un modèle ancien et des phrases mystérieuses tracées au pochoir sur les murs. Ces phrases sont tirées de l’oeuvre d’un auteur polonais, Bruno Schulz, assassiné par un officier nazi en 1942.

    Les personnages principaux du livre sont tout à fait loufoques. A commencer par le commissaire Yona Merlin qui collectionne les bons de réduction et oriente ses consommations en conséquence. Il se fait aider dans son enquête par Raï Tsitrin, devenu journaliste par hasard en qualité de spécialiste des graffitis urbains, ainsi que par Zoë une adolescente présente sur un des lieux de crime. Plus un couple important composé d’un vieil homme en fauteuil roulant qui ne cesse de parler à son fils, un géant débile léger qui ne le quitte jamais.

    L’intrigue nous amène dans les années 1940 en Europe sur les traces de Bruno Schulz et au coeur d’une vendetta familiale à la mode de Tel Aviv. Pourquoi me suis-je ennuyée ? Sans doute parce qu’on devine très vite qui est l’assassin même si les liens entre les meurtres ont besoin d’être explicités et que les motivations de l’assassin restent obscures. Les personnages m’ont semblé un peu stéréotypés de l’adolescente anticonformiste à l’intelligence précoce au commissaire désabusé en passant par « l’assassin » qui réclame justice. Quelques personnages secondaires sont esquissés comme s’ils devaient apparaître dans d’autres livres…mais, qui sait, vu que l’auteur est mort en 2015. Un point positif : on apprend qui est Bruno Schulz et le titre de du livre est directement lié à un de ses livres.

    Community, de Estelle Nollet, Albin Michel

    Il est parfois regrettable, en tant que lectrice avertie, de céder à la facilité en se fiant naïvement à l’opinion d’un journal qu’on lit depuis toujours. J’ai commis cette erreur avec ce livre pour lequel je devrais créer la rubrique « Il faut s’en passer ». A ma décharge : le thème du livre m’intéressait. Je résume : un groupe de 10 personnes (8 hommes et 2 femmes) s’installent dans la base scientifique de New Aberdeen (Océan austral) pour une mission scientifique d’un an. L’histoire est racontée par Cookers, le cuisinier de l »équipe originaire de Nouvelle Zélande.

    communityPremière partie : la mission se met en place, les caractères et les relations entre les personnages s’affirment. Deuxième partie : renversement de situation au moment où l’équipe doit quitter l’île. Le bateau qui doit les récupérer n’arrive pas et les communications sont coupées en raison d’une tempête qui a écrabouillé le matériel de transmission. Qui va survivre ?

    Ce que je reproche à ce livre ? Son style familier et parfois négligé et qui manifeste cependant une volonté de faire des effets. L’abus des comparaisons (et pourtant la comparaison est une de mes figures de style favorite). Exemple : « Le grand Jacques avait laissé éclater son rire si particulier qui détalait toujours comme un lapin apeuré sur un parquet ciré égrenant pendant quelques minutes derrière lui des crottes de joie ». Je laisse apprécier…Et parfois…plusieurs comparaisons par page, jusqu’à l’indigestion. Par souci de crédibilité, l’auteure décrit minutieusement tout le matériel utilisé par les scientifiques pour observer les oiseaux (les albatros à bec jaune) et les otaries. Estelle Nollet a effet vécu quelques mois, en résidence d’écrivain, au coeur d’une expédition scientifique. D’où ses connaissances qui seraient plus appréciables dans un reportage ou un compte-rendu.

    La seconde partie du livre est plus réussie car elle utilise des ressorts dramatiques certes classiques pour ce type de récit (qui meurt/qui survit), tout en introduisant des rebondissements parfois surprenants et avec une chute qui nous laisse le pouvoir d’imaginer ce qui pourrait advenir des survivants.

    Sur le thème de la réaction humaine face à l’isolement et au huis-clos, j’ai lu dans la foulée un livre autrement plus réussi : Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin (chronique suivante).

    Avis à celles et ceux qui seraient intéressés par la lecture de La légende de Bruno et Adèle ou de Community : ces deux livres ont intégré les piles « à vendre au bouquiniste » ou « à donner à RecycLivre » mais ils sont aussi à votre disposition (gratuite) si vous en avez envie. Faites-le moi savoir. Les livres sont faits pour tourner….

     

     

  • LE LAMBEAU

    de Philippe Lançon, Editions Gallimard

    a19810.jpgIl est rare que je me précipite pour une chronique sur ce blog à propos d’un livre que je viens de terminer. J’aime bien laisser décanter mes impressions au risque parfois d’oublier mes émotions quand je me décide à écrire. Pour Le Lambeau, j’éprouve une sorte d’urgence à en parler : offert la semaine dernière pour mon anniversaire, je le termine  moins de 5 jours après l’avoir reçu.

    Je résume : Philippe Lançon est un des  rescapés de l’attentat de Charlie Hebdo (7 janvier 2015). Son récit débute le jour de l’attentat et se termine le 13 novembre 2015…Et il est bouleversant. Déjà parce qu’il nous ramène à un événement dramatique très récent, vécu de l’extérieur avec une grande émotion mais là, dès le le début du récit, nous sommes à l’intérieur de la rédaction de Charlie Hebdo, au moment où…Nul ne pourra oublier, après avoir lu ce récit, ces images gravées dans l’oeil de Ph. Lançon : les « jambes noires » des tueurs et les morceaux de cervelle de son confrère, Bernard Maris, qui git à côté de lui.

    Vient ensuite l’étape de la reconstruction physique et psychologique. Ph. Lançon a eu la mâchoire arrachée par des balles, le bas de son visage a disparu, le haut est intact. Le journaliste subit 17 interventions avec un courage incroyable. Il nous livre force détails techniques sur cette reconstruction chirurgicale, sans s’apitoyer sur lui-même mais on imagine sans peine ses souffrances. Toute la partie du récit qui se déroule à la Salpêtrière nous vaut de beaux échanges avec Chloé, la chirurgienne, humaine et professionnelle, qui va l’aider ensuite, à sa façon un peu brutale, à couper le lien avec sa chambre d’hôpital.

    Tout ce qui m’a bouleversée : les portraits des personnels soignants tous si humains et efficaces, que Philippe Lançon prend la peine de personnaliser en peignant chaque personne par un trait de caractère, des yeux, une façon d’entrer dans la chambre du patient : aucune n’est interchangeable. Marion-aux-yeux-de-chat (Ph. pratique l’épithète homérique), La Marquise des Langes, etc. J’ai particulièrement apprécié cette Marquise des Langes, surnom donné par Ph.L. à cette infirmière qui est la seule à réussir une sorte d’échafaudage de pansements qui tienne, alors qu’on vient de lui placer un drôle d’appareil, le VAC (Vacuum Assisted Closure) « un petit appareil à pression négative, qu’on utilise surtout pour les grands brûlés, de façon à réduire les plaies, à leur permettre de cicatriser plus rapidement, en aspirant le pus et les sérosités. » On sent revenir ici le souci de la précision, propre à un esprit de journaliste. Ce VAC est une grande source de désagréments, notamment en raison d’une alarme, que le journaliste décrit non sans humour : « J’aurais voulu le noyer comme un chat et je l’appelais le chat. C’était le vilain petit VAC proustien, celui qui me réveillait comme le narrateur à peine la lumière éteinte. » Une belle description aussi de ses relations avec les policiers chargés de sa protection, qui ne le quittent jamais, en poste devant sa chambre et qui l’accompagnent au théâtre, aux expositions et même chez ses amis. A noter que le journaliste a continué ses chroniques dans Libération et notamment celles sur des expositions de peinture.

    Philippe Lançon est un homme très cultivé. Et ce récit est aussi un magnifique hommage à la littérature, la musique, la peinture, sources de consolation et qui donnent du sens à ce que nous vivons. Tout au long des ces mois de reconstruction, trois lectures soutiennent le blessé : A La Recherche du Temps Perdu, et particulièrement le passage dans lequel meurt la grand-mère du narrateur (un passage que Ph. Lançon relit sans cesse), des passages de La Montagne Magique (Thomas Mann) et Les Lettres à Milena de F. Kafka. C’est aussi un livre qui, selon Ph. Lançon, lui aurait sauvé la vie. Un livre sur le jazz qu’il allait montrer à Cabu quand les tueurs sont arrivés. Sans cela, il serait parti quelques minutes plus tôt et serait tombé sur les « frères K. » (il les désigne toujours ainsi) dans les escaliers….

    J’ai du mal à exprimer à quel point j’ai été émue par cette lecture. J’y vois sans doute, pour des raisons familiales, une sensibilité particulière aux maladies et aux blessures qui portent atteinte à l’intégrité physique et renforcent la souffrance en raison de leur visibilité. J’y vois aussi une grande leçon de pudeur et de sincérité : pudeur dans le chagrin alors qu’on a perdu des amis violemment et sincérité dans la peur éprouvée et le sentiment de solitude même quand on est autant entouré.

    Collusion ou coïncidence des lectures, j’ai commencé Le Lambeau juste après voir terminé La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq. Un auteur qui apparaît au début et à la fin du récit de Ph. Lançon. Lors de la dramatique conférence de rédaction, il était question de Soumission, le livre de M. Houellebecq qui venait de paraître. Lançon devait interviewer l’auteur quelques jours plus tard. Fin 2015, après sa sortie de l’hôpital, le journaliste croise M.H. dans une soirée et en fait une magnifique description : « Je n’avais jamais rencontré Michel Houellebecq, l’homme qui le 7 janvier avait été notre dernier sujet de discussion. Nous nous sommes serré la main. Il semblait détruit, minéral et compatissant. Son sourire s’arrêtait au bord de la grimace. Là où il se trouvait, il prenait souche, avec sa tête sans âge et sans sexe, son allure de fétiche passé au feu. j’ai pensé que tout homme prenant sur lui, avec autant d’efficacité, le malheur du monde, devait remonter le temps dans la peau d’un dinosaure. »

    Tout au long du récit, on se demande ce que ressent Philippe Lançon vis-à-vis des tueurs, comment il réagit à l’émotion collective qui s’est manifestée après cet attentat et aux réactions plus ou moins opportunes des uns et des autres. « Comme l’inspecteur Colombo, le premier principe de civilisation reste pour moi : « Tu ne tueras point. » Rien n’en excuse la transgression dont j’ai vu et subi le résultat. Je n’ai aucune colère contre les frères K, je sais qu’ils sont le produit de ce monde mais je ne peux simplement pas les expliquer. Tout homme qui tue est résumé par son acte et par les morts qui restent étendus autour de moi. Mon expérience, sur ce point, déborde ma pensée. » Et, plus loin à propos de Charlie et des réactions que l’attentat a suscitées : « Quand un homme ou un groupe entre dans le champ de réflexion des intellectuels ou des fabricants d’informations, il réveille une bête et il faut s’attendre à ce que les plus impatients et les plus médiocres d’entre eux se fassent les dents sur lui. Ils le feront avec leur théorie, leur orgueil, leur prétendu sens de la mission, leurs préjugés. Charlie était entré dans une atmosphère où trop de gens étaient décidés à ne rien lui pardonner. »

    Et maintenant je vais relire le passage de « La Recherche » dans lequel meurt la grand-mère du narrateur. J’ai envie de comprendre pourquoi Ph. Lançon y revient toujours.

  • Le 1er mai 2024, nous avons appris le décès de Paul Auster. Voici l’article que j’avais publié lors de la sortie d’un de ses derniers livres : 4 3 2 1. Un pavé et une prouesse d’écriture.

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    de Paul Auster, traduit de l’américain par Gérald Meudal, Actes Sud

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    1 016 pages qui déroulent 4 vies pour 1 seul personnage : Archie Ferguson. « Raconter l’histoire d’une vie par des voies parallèles », confie Paul Auster dans une interview. Nous suivons les 4 vies parallèles de Ferguson pendant une vingtaine d’années environ. Le livre est structuré en 7 chapitres composé chacun de 4 parties correspondant aux 4 vies de Ferguson.

    Les principaux personnages :

    • Archie Ferguson, joueur de base-ball et apprenti écrivain francophile,
    • Rose, sa mère, photographe
    • Son père, qui vit ou meurt selon les vies de Ferguson
    • Gil, son beau-père
    • Vivian, chez qui Ferguson habite lors de son séjour parisien : « Plus qu’une mère, moins qu’une mère. Son double féminin peut-être. La personne qu’il serait devenue s’il était né fille. »
    • Amy, l’amie/amante de sa vie

    La toile de fond des 4 épisodes de la vie de Ferguson….l’histoire des USA dans les années 60/70 avec :

    • le Civil Rights Bill
    • la guerre au Viet-Nam
    • la marche sur Washington
    • le Black Power,
    • Les émeutes raciales à Newark (la ville de Ferguson) : « Une guerre raciale. Et pas des émeutes raciales comme les journaux le racontaient à tout le monde. Une véritable guerre entre les races. La garde nationale et les troupes de l’Etat du New-Jersey tiraient dans l’intention de tuer, vingt-six morts au cours de ces journées de ravage et de carnage, vingt-quatre d’une même couleur et deux de l’autre, sans parler des centaines si ce n’est des milliers de personnes qui furent battues ou blessées (…). »

    Ce qui arrive à Ferguson et ses avatars :

    • il perd un doigt, le pouce,….difficile ensuite de jouer au base-ball !
    • il meurt…des pages blanches se glissent dans le livre à partir du chapitre 3
    • son père meurt tragiquement
    • ses parents se séparent
    • Ferguson est tenté par la profession de gigolo (pour hommes) à Paris….

    Les raisons de lire 4 3 2 1

    • Pour sa formidable construction qui montre, (et je cite Pierre, mon libraire) que « Paul Auster croit toujours au roman et prouve que le genre n’est pas encore épuisé ». Ce livre est en effet un hommage au roman et à la puissance de l’auteur démiurge : « Par bonheur, il n’était pas au courant du plan cruel que les dieux avaient prévu pour lui. par bonheur il ne savait pas que sa vie était destinée à occuper un paragraphe aussi court dans « le livre de la vie terrestre » et il continua donc à vivre comme s’il avait des milliers de lendemains devant lui et non 304 seulement. » Voilà le lecteur prévenu ! (ça tombe bien, je n’apprécie pas le suspens…)
    • Pour réviser son histoire américaine récente
    • Pour réviser les thèmes chers à Paul Auster : les relations père/fils, la formation d’un écrivain, la place de la poésie, le sport, New-York et Paris,…
    • Pour découvrir Paul Auster si on n’a rien lu de cet auteur (à condition de ne pas redouter la lecture de 1 000 pages !).

    Les raisons de ne pas le lire

    • Si on ne comprend rien au base-ball (mais on peut toujours sauter les pages qui racontent les matches)
    • Si on est rebuté par la perspective d’avaler 1 000 pages

    Conclusion : ce n’est pas un de mes PA préféré mais j’ai apprécié la prouesse littéraire. Je suis tentée par l’idée de le relire en suivant la chronologie de chaque Ferguson : 1.1, 2.1, 3.1, etc. La richesse d’un livre se mesure aussi à sa relecture. « Ferguson comprit que le monde était fait d’histoires, tellement d’histoires différentes que si on les rassemblait toutes pour les mettre dans un livre, celui-ci ferait 900 millions de pages. » Réflexion faite : 1 000 pages, c’est bien.

  • La fin de la solitude

    De Benedict Wells, traduit de l’allemand par Juliette Aubert, Editions Slaktine & Cie

    wells_solitude_1_1024-201x300Voici l’histoire des Moreau, une famille franco-allemande qui vit en Allemagne et se rend une fois par an à Berdillac, village du Languedoc d’où est originaire le père Stéphane.
    « (il) m’a toujours fait l’effet d’un vieillard grincheux« , raconte Jules, le narrateur, à propos de ce village. Stéphane est un homme mystérieux qui a perdu son travail, photographe amateur qui aimerait transmettre sa passion à Jules. La mère a toujours été « le coeur de la famille ». Elle charme tout son petit monde dès qu’elle entonne, en s’accompagnant à la guitare, « Moon River« , la chanson rendue célèbre par Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s. Les trois enfants : Liz, belle et fantasque « qui donnait toujours l’impression d’être sur scène », Marty, « on aurait dit qu’il venait de nulle part, un inconnu qui se serait incrusté entre nous. Je ne pouvais pas le sentir. » et Jules, le narrateur, un enfant rêveur, à part. Voici comment les décrit leur tante Hélène : « Marty le petit futé », « Liz, la star » et Jules « beaucoup plus subtil que la majorité des enfants. »

    « Jusque-là, j’avais mené une existence protégée, or il y avait à l’évidence des forces et des courants invisibles qui pouvaient tout changer en un clin d’oeil. » L’enfance protégée bascule après la disparition des parents dans un accident de voiture dans le Sud de la France. Les trois orphelins se retrouvent dans un pensionnat avec pour seule famille une tante Hélène, la soeur de leur mère chez qui ils se retrouvent pendant les vacances. Liz, Marty et Jules vont vivre à partir de là des existences séparées. Ils réalisent aussi qu’ils ne savaient rien de leurs parents, juste qu’ils s’étaient rencontrés à Montpellier. A partir du pensionnat, une distance affective s’installe entre Marty, Jules et Liz : Marty se transforme en geek chef de bande (plus tard il fera fortune comme pionnier du web), Liz part en vrille et finit par quitter le pensionnat. La solitude de Jules est alors ensoleillée par la présence d’Alva, « cheveux cuivrés et lunettes d’écaille ». Leur « amitié » résistera aux années malgré quelques séparations. Un autre personnage est présent dans toute la vie de la fratrie : Tony, ami des deux frères et amoureux perpétuel de Liz qui le dédaigne et le séduit alternativement. « On partage à trois un seul meilleur ami. (…) La fratrie la plus solitaire au monde. » Mais devenus adultes, Liz, Marty et Jules ne se perdent plus de vue malgré les distances géographiques. Quand Liz va mal (et cela arrive souvent), les deux frères sont toujours là. Ils veillent les uns sur les autres parfois à distance.

    « La fin de la solitude » est un livre très émouvant, traversé par la maladie, la mort et l’amour entre soeur et frères, un amour qui soude et console de l’absence des parents. A lire en écoutant Moon River chanté par Audrey Hepburn, une chanson qui remplit le coeur d’une délectation mélancolique, à l’image du livre