Un livre écrit dans la nouvelle tradition littéraire des « listes de… ».
Plaisant parce que bien écrit, original dans les plaisirs et sensations exprimés. En même temps Le sel de la vie laisse un sentiment d’inutilité, de répétitions, de valorisation des petits bonheurs de privilégiés.
On dirait « la première gorgée de bière » d’une anthropologue connue.
Que de rebondissements avant d’achever la lecture de ce livre !
Précaution : Cloud Atlas est constitué de cinq récits émanant de narrateurs différents, dans un ordre chronologique de 1850 à une époque post 21e siècle.
Le premier récit, « Le journal de la traversée du Pacifique d’Adam Ewing » s’arrête brutalement au milieu d’une phrase. J’ai cru à une erreur d’impression. Je le rapporte donc à ma libraire qui m’en commande un autre exemplaire…même problème. Mélanie (la libraire) propose alors de commander une édition brochée…Même punition !
Entre-temps, j’ai eu l’idée de fureter sur Internet à la recherche d’articles sur ce livre. L’énigme a été résolue grâce au Matricule des Anges et à un critique bon lecteur qui révèle que la rupture du récit était volontaire. Le texte se poursuit page 600….Une intention de l’auteur que je n’avais pas soupçonnée. Quelle humiliation…
Surtout ne pas se décourager par la longueur et la multiplicité des récits. Le seul lien que j’ai repéré entre les récits est la tache de naissance commune aux quatre narrateurs.
Je craignais de ne pas arriver au bout de « La croisée d’Sloosha pis tout c’qu’a suivi », écrit dans une sorte de langue orale proche d’un patois quelconque mais on y trouve d’amusantes trouvailles de style et de vocabulaire qui rendent l’ensemble très fluide. Bravo au traducteur. Chaque récit se caractérise par son propre langage : dans celui de Son-mi, les noms de marque deviennent des noms communs et D. Mitchell crée des mots très imprégnés d’ambiance SF : « Elle fut élevée dans un pupillaire à la panurbis de Pearl City… » Pas de panique, on comprend même sans avoir étudié les lettres classiques. Dans l’univers de Son-mi, une chaussure s’appelle une nike, un ordinateur un sony, une voiture une ford et un film…un disney. Une manière de montrer que la consommation a gagné. Et d’ailleurs ceux qui ne veulent pas consommer sont condamnés.
Ce qu’il faut retenir de l’ensemble : quelle que soit l’époque, l’humanité ne fait que courir à sa perte.
Petit résumé pour se repérer dans les récits :
1) Adam Ewing, notaire tient son journal lors d’une expédition en Nouvelle-Zélande (1850).
2) Ce journal est retrouvé en partie par Frobisher, dans les années 30. Frobisher en parle à son ami Sixsmith.
3) Luisa Rey (1975) rencontre par hasard le physicien Sixsmith. Tous deux sont mêlés à une sorte de thriller sur fond de complot nucléaire.
4) Timothy Cavendish, éditeur, a reçu le récit de Luisa Rey. Il se retrouve enfermé, contre son gré, dans un asile.
5) Son-mi dans son univers de consommation reine.
6) « La croisée d’Sloosha… », récit post-apocalypse dans lequel Sonmi est devenue une déeesse vénérée.
Les récits repartent ensuite dans l’ordre inverse.
Ne pas se décourager : l’ensemble est très agréable à lire.
Déception. Je l’ai acheté sur la foi d’une interview parue dans Le Nouvel Observateur et qui annonçait une « puissance et une élégance inégalées ». Bof ! Bof ! Mous du genou ces trafiquants de drogue. En même temps, je ne crois pas avoir jamais lu d’auteur colombien.
Apparemment, les méfaits des narco-trafiquants ont laissé autant de traumatismes que les FARC…dont il n’est pas question dans ce livre. La plus grande partie de l’intrigue se situe dans les années 70, autour d’Elaine, volontaire américaine engagée dans les Peace Corps pour des missions de développement auprès des populations. Hébergée chez les parents de Ricardo, elle noue par la suite une relation amoureuse avec lui. Ils se marient et ont une fille.
Ricardo est pilote. Il passe de la drogue entre la Colombie et les Etats-Unis où il sera arrêté et purgera une peine de 19 ans. Auparavant, ses activités illicites lui auront permis d’amasser suffisamment d’argent pour construire une maison et y vivre avec sa famille. Quand Ricardo disparaît, Elaine préfère dire à sa fille Maya que son père est mort.
Le narrateur est Antonio qui a rencontré Ricardo dans une salle de billard. Antonio va remonter le fil de la vie de Ricardo après le meurtre de celui-ci. Antonio a assisté à la mort de Ricardo. Il en est pour longtemps traumatisé. Maya le contactera après la mort de son père, et ensemble ils essaieront de reconstruire la vie de Ricardo et d’Elaine.
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu le sentiment que tous les personnages manquaient de substance et qu’ils n’étaient qu’ébauchés.