Livres en Pile

  • Sans entraves et sans temps morts (II)

    De Cécile Guilbert, Editions Grasset

    Encore une femme brillante ! C. Guilbert est l’auteure de nombreux essais sur la littérature (Saint-Simon, Sterne). Je l’ai découverte par son essai sur Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, de Laurence Sterne. Cet essai s’appelle L’écrivain le plus libre. J’avoue avoir préféré l’essai au roman.

    C. Guilbert est aussi une « spécialiste » de Vladimir Nabokov (une des raisons pour lesquelles je l’apprécie). Elle a préfacé Littérature dans la collection Bouquins : un recueil des cours donnés par V. Nabokov à Cornell University.

    Dans Sans entraves et sans temps morts, on passe de Saint-Simon à Breat Easton Ellis, Laclos, Scott et Zelda Fitzgerald, Warhol et Jacques-Alain Léger, un auteur aux multiples identités que C. Guilbert donne envie de découvrir.

    Un recueil d’articles et de préfaces, brillants, très argumentés, originaux dans les points de vue défendus sur la littérature ou sur une époque.

    Lu en 2016

     

  • Relire : enquête sur une passion littéraire

    de Laure Murat, Flammarion

    Voilà un livre fort intelligent. Mon professeur de français de seconde et de première nous répétait « L’important n’est pas de lire mais de relire. » Ce conseil m’est toujours resté en tête même si je suis plus avide de lectures que de relectures.

    Le livre de L. Murat aide à comprendre pourquoi est-ce si enrichissant de relire, et surtout à des périodes différentes de sa vie. On peut avoir détesté Madame Bovary à 16 ans et l’adorer à 40 !

    Le livre est composé de témoignages d’écrivains à qui Laure Murat a envoyé un questionnaire. Les statistiques qu’elle a tirées de leurs réponses sont intéressantes. Sur les 125 auteurs cités, 93 % sont des hommes, 58 % des auteurs francophones et 64 % des auteurs des XXe et XXIe siècles.

    Dans le top 5 des auteurs les plus relus (page 77) :
    1. Marcel Proust
    2. Gustave Flaubert
    3. Montaigne, Nietzsche, Woolf
    4. Baudelaire, Duras, Beckett, Shakespeare
    5. Balzac, Barthes, Foucault, Michaux, Faulkner, Sartre, Sterne, Platon, la Bible.

    Proust fait l’objet d’une question particulière : « Avez-vous une pratique spécifique de relecture liée à La Recherche du Temps Perdu ?. Et le chapitre 5 est consacré à Proust, « J’ai perdu le temps retrouvé », ou ce que Proust fait à ses relecteurs.

    Une mention spéciale pour la réponse de Stéphane Audeguy qui ose évoquer (page 114) les livres qu’on ne lira jamais : « Parmi ceux qu’on ne lira probablement jamais, il y a ceux pour lesquels il nous manque un certain type d’intelligence ou de sensibilité ; disons plus prosaïquement pour lesquels il nous manque une case. (…). Dans mon cas, Dostoievski. (…) Ajoutons une mention spéciale pour les chefs-d’oeuvre dont je ne suis pas sûr que beaucoup les ait lus, même une seule fois, parce qu’ils mettent à l’épreuve la lisibilité, d’une manière ou d’une autre (…). «  Et là S. Audeguy cite Naked Lunch, la Divine Comédie, Moby Dick, etc. Une liste à laquelle j’ajouterais bien quelques noms. J’avais d’ailleurs pensé à créer une rubrique qui s’intitulerait « Plutôt mourir que d’avouer qu’on n’a jamais réussi à lire…. » (Ulysse ? Au-dessous du volcan ?, etc.).

    Du coup, je me suis intéressée à ma pratique de la relecture et, en parcourant mes carnets de notes, j’ai constaté que l’auteur que j’ai le plus relu est…Nabokov, talonné par Balzac. Et, en relisant ces auteurs, je me suis dit qu’il fallait relire « ses classiques », ne serait-ce que pour se réhabituer à une certaine complexité de la langue (et oui, il faut parfois faire un effort).

    Lu en 2016

  • Victor Hugo vient de mourir

    de Judith Perrignon, Edition L’iconoclaste

    J’aime bien les reportages de J. Perrignon, dans le Monde Magazine, ses portraits dans Libé.

    1er juin 1885 : 2 millions de personnes suivent les funérailles de V. Hugo dans Paris. Il est mort le 22 mai 1885. Le cortège s’est déployé de l’Arc de Triomphe au Panthéon. J. Perrignon nous raconte l’événement depuis les dernières heures du grand homme jusqu’à l’arrivée du corbillard au Panthéon.

    Un grand moment pour l’Eglise comme pour la laïcité. Jusqu’au bout VH a refusé les sacrements. Jusqu’au bout, ce n’était pas gagné : va-t-il demander un prêtre ou pas ? Dans son testament (extrait cité page 58), le poète avait écrit :

    « Je donne cinquante mille francs aux pauvres, je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l’oraison de toutes les Eglises. Je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu. »

    Quand VH est mort il habitait une avenue qui portait déjà son nom ! J. Perrignon raconte que, déjà, pour ses 79 ans, 600 000 personnes avaient défilé sous ses fenêtres !

    Le récit des quelques jours qui ont précédé les funérailles est polyphonique : par les voix du Préfet, de journalistes, de représentants des syndicats, de partis, d’anciens communards. J. Perrignon privilégie « les voix du peuple », celles qui ne veulent pas se faire confisquer l’événement par la police (mais leurs banderoles, elles, seront confisquées).

    Une lecture vraiment instructive.

    Page 181 : extrait d’une lettre de V. Hugo à un ami

    « Que d’âmes douces et tendres au-dessus de nous dans le bleu sombre de la mort. Vous les voyez, n’est-ce-pas ? Moi aussi. Aimons-nous. »

    Lu en 2016

     

  • Branches obscures

    de Nicolas Frobenius, Editions Actes Sud

    Un écrivain norvégien célèbre qui utilise une histoire vécue dans sa jeunesse pour écrire un roman à succès. Mais le personnage principal de ce roman (censé être mort) semble réapparaître et se venger du traitement que lui inflige l’écrivain. Au même moment, une des protagonistes du roman est victime d’un meurtre.

    L’écrivain et sa créature : pas très original. En plus l’écrivain n’est pas sympathique (je sais ce n’est pas un argument profond).

    Bref, on peut s’en passer.

    Lu en 2016