Catégorie : Romans

  • Écrire pour se venger du réel?

    Écrire pour se venger du réel?

    Dans L’Anniversaire d’Andrea Bajani et dans Porca Miseria de Tonino Benacquista, deux histoires familiales, les pères, fragiles et tyranniques, occupent une position centrale et la famille est un lieu de tension. La fuir ou la regarder de loin avec mélancolie et tendresse ? Ces deux livres sont parus à quatre ans d’intervalle. Mes hasards de lecture les ont rapprochés.

    L ‘Anniversaire – Andrea Bajani – Gallimard – traduit de l’italien par Nathalie Bauer – 153 pages – 2026


    Un livre qui m’a secouée, bouleversée. Le narrateur n’a pas revu ses parents depuis 10 ans. « Tu reviendras nous voir ? », l’interroge sa mère dans la scène inaugurale du livre. Comme si elle pressentait qu’elle ne reverrait pas son fils de sitôt.
    A partir de là, nous entrons dans l’espace clos, étouffant, d’une famille italienne. Le père, autoritaire, tient sa femme et ses enfants sous son emprise. On sent de la violence. La mère ? On a du mal à saisir sa personnalité. Elle est floue comme absente à la réalité. La soeur est peu évoquée : on dirait qu’elle s’est enfuie à temps pour échapper au guet-apens familial.

    page 23 : « Désincorporer ma mère de mon père signifie, littéralement, la soustraire à l’invasion par laquelle la figure de mon père s’est systématiquement imposée à notre imaginaire, nous brûlant la rétine, telle la flamme oxhydrique de l’affirmation victimaire de soi, et endommageant irrémédiablement notre vision. Mieux, laissant dans l’obscurité tout ce qu’il n’était pas, lui. En premier lieu ma mère, déjà prête à disparaître. « 

    Le tyran domestique est décrit comme un lâche à l’extérieur de sa famille. Une scène le révèle : il s’est battu dans le magasin où il travaille et se cache ensuite. Possédé par l’esprit de vengeance, il est persuadé de détenir le pouvoir de provoquer des cancers chez les personnes qu’il déteste et notamment les amies de sa femme ! Il réussit à faire le vide autour de sa famille.

    page 25 : « En l’absence de la silhouette de mon père, le monde est grand : il y a de la place pour les petits immeubles, pour le ciel et pour ma mère. »

    Le téléphone est un objet qui tient une place essentielle dans le dysfonctionnement de cette famille. L’été la mère emmène ses enfants au bord de la mer. Le père travaille et doit les rejoindre plus tard. Pour prévenir sa femme de son arrivée, il l’appelle via le téléphone du bar de la plage, ce qui scotche la mère sur le sable de peur de manquer l’appel.

    page 29 : « Lorsque je revois cette course – ma soeur et moi nous moquions d’elle avec une espèce de gêne -, il m’est difficile d’éluder son visage, qui trahissait la volonté d’atteindre le téléphone à temps pour ne pas décevoir mon père, mêlée à une sorte de présage que l’attente était terminée, à une sorte de soulagement : bientôt elle pourrait de nouveau disparaître, regagner les coulisses du théâtre familial. »


    Les enfants détournent l’interdit du téléphone en usant de codes avec leurs amis : deux sonneries, trois sonneries,…Car, pour le père, le téléphone est un instrument diabolique qui relie trop sa famille avec le monde extérieur. Un détail qui en dit long : le téléphone fixe est installé dans la maison alors qu’apparaissent les premiers mobiles !

    Bajani décrit avec précision comment l’angoisse du fils naît avant d’appeler ses parents, elle se traduit par des maux de ventre qui précèdent et poursuivent ces moments qui le torturent. L’auteur fouille dans la psyché des personnages, avec une langue parfois complexe qui oblige à revenir sur le texte.

    L’Anniversaire n’est pas un livre de plus sur les violences familiales, c’est un livre qui déplie, décortique le mécanisme d’un esprit malveillant. Quand la famille est un espace dont il faut sortir sans se retourner.

    Porca miseria – Tonino Benacquista – Folio – 2022 – 222 pages


    « Pour la première fois je voulais raconter une histoire vraie, la mienne, celle de mes parents, de leur venue en France », avoue l’auteur de Porca miseria. « Un titre qui claque« , reconnaît-il et une injure très partagée par les Italiens et qui signifierait « chienne de vie » (j’ai consulté deux applis de traduction. L’une m’annonce « Bon sang ! et l’autre P…de m…Faisons-donc confiance à Tonino Benacquista).

    Porca miseria est un livre grinçant dans lequel l’auteur n’est pas tendre pour ses parents. La famille de Tonino Benacquista est arrivée en France en 1954. Et cela ne s’est pas très bien passé, surtout pour le père de l’auteur : « Mon père préfère endosser la posture du désespéré, ma mère celle de la vulnérable. » Le père est alcoolique et la mère dépressive. L’histoire de ce couple repose sur l’asymétrie entre la famille paternelle et la famille maternelle, « Benacquista versus Polsinelli » pour reprendre le titre du chapitre savoureux que l’auteur consacre à la description de ces deux familles :

    « Les Benacquista sont des cafoni, des paysans têtus et endurcis. Les Polsinelli, issus de la petite bourgeoisie, ont des manières et de l’éducation. les Benacquista labourent et récoltent leurs terres. Les Polsinelli piquent et brodent dans leur atelier de couture. […]Les Benacquista sont orgueilleux et déterminés. Les Polsinelli sont dépressifs. Les Benacquista envoient leurs fils chercher ailleurs. Les Polsinelli craignent de faire un pas hors de leur bonbonnière. » p.126.

    En bon écrivain, T. Benacquista s’offre le plaisir de réécrire l’histoire de son père sous la forme de nouvelles esquissées au coeur du livre : et s’il avait émigré en Amérique ? et s’il était resté en Italie ?
    Porca miseria est un livre très personnel bien sûr et déroutant.
    Je m’attendais (à tort) à un récit folklorique sur les Italiens, un témoignage sur la xénophobie qu’ils ont subie, le sauvetage par l’école de la République. Tout l’art de Benacquista réside dans sa façon de déjouer ces thèmes attendus et de livrer un livre très beau et très amer. Son point de vue est particulièrement intéressant car il est le seul des cinq enfants Benacquista à être né en France. La conquête de la langue française n’était pas une évidence car les parents ont toujours parlé l’Italien à la maison. Très tôt, il apprivoise le français par l’écriture plutôt que par la lecture, poussé par un besoin de fiction et de raconter des histoires. Un talent que Benacquista exploitera plus tard avec succès dans ses scénarios (Sur mes lèvres, De battre mon coeur s’est arrêté) comme dans ses romans (Saga, Quelqu’un d’autre, Nos gloires secrètes). Et dans Porca miseria l’auteur montre l’étendue de son talent en nous racontant une histoire réelle, la sienne, tout en utilisant les formes de la fiction : ici une page de scénario, là des nouvelles, ou encore de l’uchronie.
    Les pages consacrées à son agoraphobie ou à sa relation avec l’alcool sont pudiques et touchantes : « Pendant vingt ans, j’ai soigné la pathologie de ma mère, par l’addiction de mon père. Une façon comme il en est peu, de les réunir. Et de ne plus les oublier. »

    L’Anniversaire et Porca miseria, sont deux livres que l’on quitte le coeur lourd et mélancolique. Deux livres qui confirment le pouvoir et la beauté de la littérature. « Ecrire c’est parfois se venger du réel quand il pose problème« . (j’ai trouvé cette phrase dans mes notes et je crois qu’elle est de Tonino Benacqjuista).

  • Les Fantômes de Shearwater : une belle aventure familiale et écologique.

    Les Fantômes de Shearwater : une belle aventure familiale et écologique.

    Les fantômes de Shearwater de Charlotte McConaghyTraduit de l’anglais (Australie) par Marie Chabin – Gaïa – Actes Sud

    Une belle histoire familiale dans un environnement hostile et beau à la fois avec la perspective de la survie de l’humanité : Shearwater est un livre addictif. Merci à la librairie Mazette pour cette découverte.

    Shearwater est une île perdue au milieu de l’océan austral. Une île de 120 km2 « essentiellement composée de mousses et de lichens et plus de quarante-cinq espèces végétales vasculaires« . Shearwater abrite quatre-vingt mille otaries ainsi que la dernière colonie au monde de manchots royaux et plus de trois millions d’oiseaux marins nicheurs. Enfin, elle est le seul endroit au monde où le manteau terrestre se soulève et se retrouve exposé. Dominic Salt y vit seul avec ses trois enfants : Raff, Fen et Orly. Les deux premiers  sont des ados et Orly un petit garçon de 9 ans.

    Une Réserve mondiale de graines
    Dominic et ses enfants sont les gardiens de la plus grande banque de graines au monde. À Shearwater, les pays du monde entier ont envoyé les graines nécessaires à la survie de l’homme pour les stocker. Une équipe de scientifiques était venue sur l’île pour sélectionner et trier toutes les graines. On devine qu’au-delà de cette île, le monde est peut-être en train de sombrer.

    « La Réserve mondiale de semences de Shearwater a été construite pour résister à toutes les sortes d’attaques du monde extérieur ; sa fonction était de survivre à l’espèce humaine, de continuer d’exister au cas où un groupe d’individus devrait un jour recréer à partir de zéro la chaîne alimentaire qui nous nourrit. » (page 21)

    Un soir de tempête, la famille Salt sauve de la noyade une femme, Rowan, qui tentait de rejoindre l’île sur une embarcation dont le pilote est mort. Qui est cette femme ? Que vient-elle faire sur cette île magnifique et inhospitalière et dont on apprend qu’elle sera bientôt submergée ?

    Un quatuor incassable
    Progressivement, on comprend quels sont les liens de Rowen, la naufragée, avec Hank, le responsable de la mission scientifique. Il a quitté l’île en laissant son passeport (est-ce-la vérité ?). Rowen va s’attacher à cette famille particulière qui vit en osmose avec l’île. Elle sent qu’ils cachent un secret.
    Les trois enfants, très attachés à l’île et à leur père, font toujours preuve de courage. Fen vit seule sur la plage au milieu des otaries et des lions de mer. L’eau est son élément : c’est elle d’ailleurs qui va sauver Rowen de la noyade. Raff est un musicien, violoniste. Il  souffre d’un chagrin d’amour récent. Et Orly est un merveilleux petit garçon, sensible, très intelligent.  Il a acquis sa connaissance des graines auprès de Hank, le chef de la mission scientifique. Ses descriptions botaniques sont pleines de poésie.
    « Nous avons façonné un quatuor incassable » résume Dominic pour expliquer comment ses enfants et lui ont survécu à la mort de sa femme. 

    Tous n’ont que quelques semaines pour sauver les graines conservées dans un labo menacé d’engloutissement et avant qu’un bateau ne vienne les chercher. Et Rowen pour découvrir ce qu’est devenu Hank et pourquoi Fen dort sur la plage au lieu de rester dans le phare avec sa famille. 

    Les trois bonnes raison de lire Shearwater

    1. Si on aime les thrillers, les romans d’aventure, le livre vous tient scotché dès le début.
    2. Quand on aime la nature, la dimension écologique d’une aventure, cette lecture est une mine d’informations sur la végétation, les animaux (j’ai appris ce qu’était le wombat, un mignon lémurien) et leur préservation. J’ai été très touchée par la merveilleuse scène du sauvetage d’une baleine et de son baleineau échoués (p.218). Les efforts surhumains que le groupe fait pour les remettre à l’eau et comment la baleine manque de les tuer (sans intention de le faire) et pivote au dernier moment pour les épargner. Pour la façon poétique dont Orly explique le principe vital des plantes (p.230). Pour l’histoire de l’arbre-dinosaure (p.271). Et pour l’esprit de solidarité des wombats (lémuriens tout mignons qui font des « crottes cubiques« ) avec les autres animaux (p.355). 
    3. Parce que c’est une belle histoire familiale. 

    L’auteure, Charlotte McConaghy explique s’est inspirée de son séjour dans l’île de Macquarie qui abrite une station scientifique. 

    Scénariste de formation, Charlotte McConaghy est une autrice australienne âgée de 38 ans.  l’autrice d’un précédent titre, Migrations (Lattès, 2021), traduit dans une vingtaine de langues. Elle vit à Sydney, en Australie. Je pleure encore la beauté du monde a figuré dans les classements des meilleures ventes du New York Times, du Washington Post et du Los Angeles Times.

  • « Chinoises » de Xinran : des témoignages saisissants

    « Chinoises » de Xinran : des témoignages saisissants

    Chinoises – de Xinran – Picquier Poche – Traduit de l’anglais par Marie-Odile Probst – 352 pages – 2003

    Je croyais en savoir beaucoup sur la difficile condition des femmes dans le monde mais la lecture de Chinoises augmente encore la dose de souffrance. Une lecture difficile mais nécessaire.

    Xinran est une journaliste chinoise qui vit aujourd’hui en Angleterre. Née en 1958, elle a grandi pendant la cruelle « révolution culturelle » (1966-1968). Très tôt, elle a été séparée de ses parents jugés « réactionnaires » par les gardes rouges. Avec son frère elle a vécu dans un orphelinat réservé aux enfants de « chiens à la solde de l’impérialisme » (sic).

    Des mots sans tabou

    Devenue journaliste, elle a animé pendant 8 ans, de 1989 à 1997, une émission de radio nocturne intitulée « Mots sur la brise nocturne », qui s’adressait aux femmes. Xinran leur donnait la parole pour qu’elles racontent leur vie sans tabou, soit en laissant des messages anonymes soit en se confiant à la journaliste qui a sillonné la Chine pour les rencontrer. En lisant ces témoignages, on s’étonne souvent qu’elle ait eu l’autorisation des les diffuser. Elle a écrit ce livre en 1997 alors qu’elle était déjà partie en Angleterre.

    Les « heureuses » femmes de Colline Hurlante

    Quel que soit le milieu dont ces femmes sont issues, elles racontent le pire : des viols, des mariages forcés, des grossesses non désirées, des séparations violentes, des échanges de femmes, la pauvreté, la folie, …Un constat comme une évidence : la révolution n’a rien changé au sort des femmes.

    Tous les témoignages de ce livre sont durs et bouleversants. Et, en partageant ces récits poignants, la journaliste laisse paraître sa propre souffrance en confiant ce qui est arrivé à sa famille. Le témoignage qui m’a particulièrement choquée se situe dans une région rurale, Colline hurlante (tout un programme) très arriérée où les femmes « s’utilisent » entre frères, se vendent s’échangent.

    « Avant mes deux semaines dans ce village, j’ai vu des mères, des filles et des épouses que l’histoire semblait avoir oubliées, menant une vie primitive dans un monde moderne. Je me suis interrogée sur leur devenir ; pourraient-elles jamais rattraper le temps perdu ? On ne peut d’un seul bond franchir le fossé qui sépare les débuts d l’humanité de l’époque contemporaine, et l’histoire n’allait pas les attendre. Toutefois, de retour au bureau, quand j’ai vu l’intérêt que des voyages comme les nôtres suscitaient pour ces communautés méconnues dans le reste du pays, j’ai eu le sentiment de me trouver au début de quelque chose. Ce sentiment a ranimé mon espoir. Peut-être y avait-il une façon d’aider les femmes de Colline Hurlante à évoluer un peu plus vite.
    Le Grand Li a écouté mon compte-rendu sur les femmes de Colline Hurlante puis il m’a demandé : « Est-ce qu’elles sont heureuses ? »(…)
    J’ai dit à Mengxing que, sur les centaines de Chinoise avec qui j’avais parlé pendant presque dix ans de radio et de journalisme, les femmes de Colline Hurlante ont été les seules à me dire qu’elles étaient heureuses. »

    Depuis, je pense souvent à ces femmes de Colline Hurlante, si maltraitées et si inconscientes de l’être. Ces témoignages ont été recueillis il y a une vingtaine d’années. Alors on se demande : qu’en est-il de la condition des femmes chinoises aujourd’hui ?

  • Comment j’ai fini mon année littéraire 2025 et mes résolutions pour 2026

    Comment j’ai fini mon année littéraire 2025 et mes résolutions pour 2026

    Les livres avec lesquels j’ai terminé 2025

    Les Eléments de John Boyne – JC Lattès – Traduit de l’anglais (Irlande) par Sophie Aslanides – Prix Femina étranger – Prix du roman Fnac

    Porté par une critique louangeuse, ce livre rend tout lecteur addictif en raison de son habile construction en 4 chapitres. On s’interroge sur le lien entre ces quatre parties et on finit par le trouver rapidement grâce aux échanges entre les personnages : d’une partie l’autre, un personnage principal devient secondaire. Bref, la construction est assez démoniaque et nous tient en haleine.
    Quelles sont les conséquences d’abus sexuels subis pendant l’enfance et l’adolescence ? Tel est le thème de ce livre dont chaque partie porte le nom des quatre éléments : eau, terre, feu, air. J’ai beaucoup aimé la première : l’histoire d’une femme qui se retire sur une minuscule île irlandaise et dont la tragique histoire nous est révélée progressivement. Quel est le lien avec la suivante, Terre, qui raconte le procès de jeunes footballeurs professionnels accusés de viol ? Ou encore que vient faire cette chirurgienne spécialisée dans le traitement des grands brûlés dans la partie Feu (bien sûr) ? Et enfin, dans la nouvelle Air un père et son fils se retrouvent, le temps d’un vol long courrier, autour du personnage de la partie Eau. Mais j’en ai déjà trop dit.

    Malgré cette construction habile (trop habile ?), ce livre m’a laissé un sentiment de malaise et surtout la partie Feu. Le signe d’un livre réussi peut-être comme en témoigne son succès public et critique.

    Il faut qu’on parle de Kevin – de Lionel Shriver – traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Cartano – J’ai Lu

    Une lecture éprouvante. Dès sa naissance, Eva sent que rien n’ira avec Kevin : « A l’instant précis où il est né, j’ai associé Kevin à mes propres limites – qui n’étaient pas seulement celles de la souffrance, mais celles de la défaite. » Kevin est un bébé difficile, puis un enfant qui porte volontairement des couches jusqu’à l’âge de 6 ans, puis un adolescent pervers, dissimulé, qui arrive à tromper son père Franklin, mais jamais sa mère. Le livre raconte le combat d’Eva pour ouvrir les yeux de Franklin sans jamais lâcher sa relation avec son fils.
    Kevin est un adolescent intelligent, en perpétuelle colère. Il sait que sa mère n’est pas dupe. Eva tient bon et piège Franklin pour avoir un deuxième enfant, Clélia, petite fille douce et craintive, future victime de son frère.
    On devine qu’un certain JEUDI (toujours écrit en capitales), Kevin a commis l’irréparable dans son collège. Les faits sont révélés au fur et à mesure, dans les lettres qu’Eva envoie à Franklin. Où se trouve Franklin quand Eva lui écrit ? Qu’est devenue Clelia ? Des révélations bien gardées jusqu’à la fin du livre.
    Glaçant, terrifiant, impitoyable…je pourrais égrener toute une liste d’adjectifs analogues sur ce livre…

    J’ai aussi terminé l’année 2025, avec Kolkhoze d’Emmanuel Carrère (édition POL). Je savais que ce livre me plairait. E. Carrère me déçoit rarement. J’ai lu des critiques qui embarquaient ce livre dans la catégorie « les livres sur ma mère ». Oui, d’une certaine façon, même si l’auteur évoque beaucoup son père qui a survécu à sa femme Hélène Carrère d’Encausse. E. Carrère dresse de son père un portrait tendre et assez facétieux.
    Et, bien sûr, ce livre est aussi un prétexte pour, une fois de plus, parler de lui mais avec élégance.

    Sinon, j’ai laissé tomber « Le mal joli » d’Emma Becker », avant la 100e page. Une histoire d’adultère entre une écrivaine qui habite à 800 kms de Paris, mariée, deux enfants, et un écrivain parisien plus âgé, typique du 6e arrondissement et spécialiste de la littérature d’extrême-droite (Brasillach and co). Après la lecture de quelques scènes de sexe assez crues, j’en ai eu rapidement marre des allers-retours Paris-province, même pimentées ! Je me posais toujours la question : qui garde les enfants (deux, dont un bébé) ? que sait le mari ? Quand on se pose des questions trop triviales on a du mal avec l’amour passion…

    Cette lecture a provoqué quelques résolutions littéraires pour 2026 :

    1. terminer la pile de livres achetés en 2023, 2024, 2025 (j’ai pris l’habitude de marquer au crayon la date et le lieu d’achat de mes livres).

    2. arrêter d’être victime de critiques complaisantes !

    3. commencer à relire les livres que j’ai aimés il y a longtemps.

    On verra fin 2026 ce que sont devenues ces résolutions.

    Et bonne année littéraire à mes abonnés.