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  • « Chinoises » de Xinran : des témoignages saisissants

    « Chinoises » de Xinran : des témoignages saisissants

    Chinoises – de Xinran – Picquier Poche – Traduit de l’anglais par Marie-Odile Probst – 352 pages – 2003

    Je croyais en savoir beaucoup sur la difficile condition des femmes dans le monde mais la lecture de Chinoises augmente encore la dose de souffrance. Une lecture difficile mais nécessaire.

    Xinran est une journaliste chinoise qui vit aujourd’hui en Angleterre. Née en 1958, elle a grandi pendant la cruelle « révolution culturelle » (1966-1968). Très tôt, elle a été séparée de ses parents jugés « réactionnaires » par les gardes rouges. Avec son frère elle a vécu dans un orphelinat réservé aux enfants de « chiens à la solde de l’impérialisme » (sic).

    Des mots sans tabou

    Devenue journaliste, elle a animé pendant 8 ans, de 1989 à 1997, une émission de radio nocturne intitulée « Mots sur la brise nocturne », qui s’adressait aux femmes. Xinran leur donnait la parole pour qu’elles racontent leur vie sans tabou, soit en laissant des messages anonymes soit en se confiant à la journaliste qui a sillonné la Chine pour les rencontrer. En lisant ces témoignages, on s’étonne souvent qu’elle ait eu l’autorisation des les diffuser. Elle a écrit ce livre en 1997 alors qu’elle était déjà partie en Angleterre.

    Les « heureuses » femmes de Colline Hurlante

    Quel que soit le milieu dont ces femmes sont issues, elles racontent le pire : des viols, des mariages forcés, des grossesses non désirées, des séparations violentes, des échanges de femmes, la pauvreté, la folie, …Un constat comme une évidence : la révolution n’a rien changé au sort des femmes.

    Tous les témoignages de ce livre sont durs et bouleversants. Et, en partageant ces récits poignants, la journaliste laisse paraître sa propre souffrance en confiant ce qui est arrivé à sa famille. Le témoignage qui m’a particulièrement choquée se situe dans une région rurale, Colline hurlante (tout un programme) très arriérée où les femmes « s’utilisent » entre frères, se vendent s’échangent.

    « Avant mes deux semaines dans ce village, j’ai vu des mères, des filles et des épouses que l’histoire semblait avoir oubliées, menant une vie primitive dans un monde moderne. Je me suis interrogée sur leur devenir ; pourraient-elles jamais rattraper le temps perdu ? On ne peut d’un seul bond franchir le fossé qui sépare les débuts d l’humanité de l’époque contemporaine, et l’histoire n’allait pas les attendre. Toutefois, de retour au bureau, quand j’ai vu l’intérêt que des voyages comme les nôtres suscitaient pour ces communautés méconnues dans le reste du pays, j’ai eu le sentiment de me trouver au début de quelque chose. Ce sentiment a ranimé mon espoir. Peut-être y avait-il une façon d’aider les femmes de Colline Hurlante à évoluer un peu plus vite.
    Le Grand Li a écouté mon compte-rendu sur les femmes de Colline Hurlante puis il m’a demandé : « Est-ce qu’elles sont heureuses ? »(…)
    J’ai dit à Mengxing que, sur les centaines de Chinoise avec qui j’avais parlé pendant presque dix ans de radio et de journalisme, les femmes de Colline Hurlante ont été les seules à me dire qu’elles étaient heureuses. »

    Depuis, je pense souvent à ces femmes de Colline Hurlante, si maltraitées et si inconscientes de l’être. Ces témoignages ont été recueillis il y a une vingtaine d’années. Alors on se demande : qu’en est-il de la condition des femmes chinoises aujourd’hui ?

  • Un parfum de corruption

    de Liu Zenyun – Traduit du chinois par Geneviève Imbot-Bichet

    Voici un livre étonnant et édifiant sur la Chine. La première partie raconte l’histoire de Niu Xiaoli, une jeune femme déterminée qui vit en milieu rural et qui, un jour, part à la recherche de Song Caixa, la jeune épouse de son frère, envolée le lendemain de ses noces avec sa dot, ou plus exactement avec l’argent qui a servi à l’acheter.

    Une très jolie couverture pour un livre grinçant

    Nous sommes bien au 21e siècle mais dans certaines régions de Chine, les fiancées s’achètent encore. Furieuse d’avoir été bernée et sûre que son benêt de frère ne fera rien, Niu Xiaoli se lance sur les traces de Song Caixa emmenant avec elle, en otage, la femme qui a servi d’intermédiaire au mariage. S’ensuit un périple sur des milliers de kilomètres au cours duquel Niu Xialoi va être abandonnée par son « accompagnatrice » puis aidée par une autre femme qui se révèlera être une maquerelle vendant la fausse virginité de jeunes filles à des hauts fonctionnaires. Un trafic auquel Niu Xiaoli va participer parce qu’elle a besoin d’argent.

    Dans la deuxième partie du livre on découvre le monde de l’administration régionale chinoise et comment un trafic de fausses virginités et un pont mal construit peuvent faire tomber des hauts fonctionnaires…On mesure dans ces passages le poids de l’administration. En Chine, si haut qu’on soit assis, on tombe très rapidement. En cas de soupçon pas d’enquête préalable et arrestation immédiate. Et l’on retrouve Niu Xiaoli qui est rentrée chez elle avec de l’argent qui lui permettra d’acheter un restaurant, de prospérer avant d’être confrontée de nouveau à la duplicité d’une de ses employées.

    L’argent est le rouage qui fait tourner toutes les relations humaines…et aussi les relations conjugales. Il reste très peu de place pour les sentiments. Les personnages sont toujours en quête soit d’argent soit de pouvoir. Ou d’essayer de s’y maintenir.

    La mécanique de ce livre est parfaite. Tout s’enchaîne à coup de rebondissements et de faits dont la logique nous apparaît à la fin.

    Une farce drôle et instructive. Un livre recommandé par Les Arpenteurs.