Livres en Pile

  • Deux messieurs sur la plage

    de Michael Kölmeier (Actes Sud)

    Ces deux messieurs sont Winston Churchill et Charlie Chaplin qui se promènent sur la place de Santa Monica, en Californie, et découvrent qu’ils souffrent du même mal : la dépression. Churchill appelle cette maladie « le chien noir ». Ils se promettent de venir se secourir mutuellement dès que l’un ou l’autre sentira arriver « le chien noir ». W. Churchill et Ch. Chaplin se sont rencontrés en 1932.

    Ce livre est étrange. L’histoire est racontée par un narrateur qui prétend avoir découvert cette relation entre les deux célébrités en lisant la correspondance de son père et du secrétaire de W. Churchill. Mais on s’en fout un peu de la façon dont nous est relatée cette histoire décousue. Le livre est une succession de chapitres alternativement consacrés à W.C. et à C.C.. En fait, ils se sont très peu rencontrés.

    Une anecdote très étonnante rapportée dans le livre : il y avait à cette époque un médecin d’Hollywood qui prétendait soigner la dépression par des cures de piqûres…d’héroïne ! Il fournissait lui-même la drogue à ses patients et leur prescrivait des cures intensives de 3 jours !

    Lu en 2015

  • Kotchot, sur la route avec les migrants

    de Claire Billet et Olivier Jobard (Robert Laffont)

    Ces deux journalistes ont suivi des migrants afghans depuis leur départ de Kaboul jusqu’à leur arrivée à Paris. De leur périple, ils ont publié ce récit illustré de photos. Je n’ai pas très bien compris comment ils avaient négocié avec les passeurs. Ils ont passé un accord avec les Afghans pour ne jamais intervenir au cours du voyage (les aider financièrement par exemple).

    Ce récit est une observation assez clinique du voyage des migrants, un peu froide parfois, sans portraits attachants ni anecdotes qui casseraient la linéarité du récit. C. Billet et O. Jobard ont fait la traversée dans les mêmes conditions que les Afghans. Ils ont même acheté des gilets de sauvetage supplémentaires quand ils se sont rendu compte des conditions de la traversée ! Deux questions restent sans réponse : d’où vient l’argent que les migrants sont obligés de donner aux passeurs, en supplément à la somme prévue sans cesse pendant le voyage ? Tous ont des téléphones portables et sont en contact avec d’autres migrants. Pourquoi ne sont-ils pas mieux informés de ce qui les attend dans les pays d’accueil ? Seul, un d’entre eux va réussir à rester en Allemagne. Les autres sont renvoyés mais, d’après ce qu’en savent les journalistes, prêts à retenter l’aventure.

    Malgré cette impression de froideur, le récit témoigne d’une démarche courageuse et sincère de la part des journalistes.

    Juste avant, j’avais lu Sauve qui peut la vie, de Nicole Lapierre (qui raconte l’expérience de l’exil vécue par sa famille juive polonaise et ses conséquences sur l’histoire familiale) et j’y ai noté un passage qui s’intitule « L’héroïsme des immigrés » (page 179). Il commence ainsi  :

    « Je pense que les immigrés d’hier, et mon père fut l’un d’eux, sont comme ceux d’aujourd’hui les aventuriers des temps modernes. (…) Il y a des façons très différentes de partir, bien sûr : des expatriations confortables, des migrations plus ou moins périlleuses, des exils sans retour, des errances désespérantes entre bateaux de fortune et camps de transit. Les grands départs ne sont pas tous heureux. Loin de là (…) Il n’est pas aisé de quitter des proches et un monde, fût-il misérable et opprimé, pour tenter sa chance dans un pays étranger dont la culture, la langue, les codes, sont inconnus. Sans compter que l’on n’y est pas toujours le bienvenu. Il faut pour cela de la volonté, du courage, de l’audace, un peu d’inconscience parfois et une bonne dose d’espoir. Ces qualités ne sont pas assez reconnues. La perception des immigrés, même la mieux intentionnée, est souvent teintée de misérabilisme. »

    Lu en 2015

     

     

  • Une constellation de phénomènes vitaux

    de Anthony Marra (JC Lattès)

    « Vie : une constellation de phénomènes vitaux – organisation, irritabilité, mouvement, croissance, reproduction, adaptation. »

    Cette définition est lue par Natacha (page 220) dans le Dictionnaire médical de l’union des médecins soviétiques.

    Akmed, piètre médecin mais bon dessinateur se présente à Sonya, médecin à l’hôpital de Grozny, en prétendant avoir été reçu dans le « top ten » à l’école de médecine. Il omet de préciser que c’était dans les dix derniers… Akmed vit dans un petit village de Tchétchénie. L’action se déroule en 5 jours avec des retours en arrière de 1994 à 2004. On est plongé dans la guerre de Tchétchénie. Un sujet guère exploré en littérature (du moins, à ma connaissance).

    Les premiers personnages qui apparaissent sont Akmed et Havaa, voisins dans leur village. Havaa, une fillette âgée de 8 ans, vit seule avec son père. Torturé par les Russes, celui-ci a perdu ses doigts et Havaa l’aide au quotidien : « elle est ses doigts ». Quand le père est arrêté une nouvelle fois par les Russes, Akmed décide d’emmener Havaa se cacher à l’hôpital de Grosny, auprès de Sonya, jeune chirurgienne qui continue de soigner les blessés dans des conditions épouvantables. Sonya est la soeur de Natacha qui s’était réfugiée chez le père d’Havaa : c’est ainsi qu’Akmed avait appris l’existence de Sonya.

    Dans le village, Ramzan dénonce ses voisins aux Russes. On apprendra dans le cours du récit pourquoi il agit ainsi. Ramzan est le fils de Khassan, combattant de la première guerre de Tchétchénie et auteur d’un ouvrage qu’il n’en finit pas d’écrire Origines de la civilisation tchétchène. Deux ouvrages sont importants dans ce livre : celui de Khassan et le Dictionnaire médical de l’union des médecins soviétiques dans lequel Natacha va trouver la définition du mot vie (qui donne son titre au livre). Ces deux ouvrages construisent des liens entre les personnages. Des liens dont le sens se dévoile au fur et à mesure du récit dans une construction très habile.

    Un livre sur la guerre et les tragédies humaines qu’elle engendre, bien sûr. Mais aussi un livre rempli d’humanité avec une subtile imbrication des destinées.

    Sonya et Natacha ont été séparées quand la première est partie étudier la médecine à Londres. Elles se retrouveront, brièvement, pendant la guerre, à l’hôpital de Grozny. Natacha a vécu la guerre de façon trouble : prostitution forcée, toxicomanie.

    Akmed et sa femme mourante, son amitié pour le père d’Havaa, son attirance pour Sonya ; Ramzan, le dénonciateur à l’histoire poignante qu’il raconte sans tentative de justification ; et puis Havaa vers qui tous les personnages convergent. Elle vivra grâce à leurs sacrifices.

    Lu en 2015

     

     

     

     

     

     

  • Fairyland

    Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70.

    de Alysia Abbott (Globe)

    Je l’ai lu avant de partir à San Francisco pour me mettre dans l’ambiance. Inutile de préciser que le SF décrit dans ce livre et celui d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir…

    Après la mort de sa femme en 1974, Steve Abbott, poète et militant pour les droits des homosexuels, emménage dans le quartier de Haight Ashbury avec sa fille Alysia, 2 ans. Le quartier était alors le haut lieu de la culture hippie.

    L’histoire du père et de la fille est touchante. Ils ont tiré le diable par la queue ensemble. Steve, outre son activité créatrice, multiplie les petits boulots pour faire vivre sa fille. Il dirigera une petite maison d’édition mais qui ne le rendra pas milliardaire. Alysia fait des séjours réguliers chez ses grands-parents maternels et semble apprécier les contrastes de modes de vie.

    Steve fait partie des premiers malades du sida, et il en mourra. Alysia va l’accompagner jusqu’à la fin. Une relation père-fille intelligente, mature, sobrement racontée.

    Lu en 2015