Livres en Pile

  • Snow Queen

    de Michael Cunningham (Belfond)

    M. Cunningham est l’auteur d’un merveilleux roman, Les heures, dont un très beau film a été tiré (The Hours, 2002).

    Snow Queen est le titre d’une chanson que Tyler essaie de composer pour son mariage avec Beth, gravement malade. Tous deux vivent à New York avec Barrett, le frère de Tyler. Un soir, Barrett aperçoit une lumière mystérieuse dans le ciel, suffisamment belle et étrange pour lui évoquer une présence (une divinité ?), qui le regarderait, le protégerait. Il en parle un soir à Andrew, un bellâtre dont il est follement amoureux. Mais le bellâtre est le compagnon de Liz, l’amie du trio Barret/Beth/Tyler. Liz tient une boutique vintage avec Barrett et Beth.

    Tout ce petit groupe parle beaucoup, vit des événements dramatiques et, parfois, ….ennuient le lecteur. Mais ils sont touchants, très vivants avec leurs préoccupations de new-yorkais ni marginaux ni totalement dans la course. Voici ce qu’en dit Liz, alors qu’elle marche dans Williamsburgh (Brooklyn) (page 243) :

    « C’est un pays de jeunes et ce pourrait être déprimant, mais, alors qu’elle marche en passant inaperçue dans Driggs, elle se rend compte – ce soir plus que jamais – à quel point la jeunesse est temporaire, à quel point cette soirée est éphémère : le temps viendra bientôt où ils se souviendront, tandis que leurs petits enfants font des cabrioles dans le salon, de ces nuits de Williamsburgh. C’est peut-être la prospérité, l’espérance de la jeunesse, l’évidente profusion de ses dons qui sans aller jusqu’à la détruire, pas vraiment en tout cas, les assagira, les incitera à rentrer au bercail, les ramènera à la raison. Ils ne sont pas amateurs (…) d’extraordinaire : ils se sont installés à Williamsburgh avec enthousiasme, ont adopté docilement ses règles vestimentaires. (…) Ce serait moche de ne pas leur exprimer, par télépathie, son espoir de les voir continuer à vivre aussi heureusement que possible le jour où la corde commencera à se tendre (…), l’année où ils comprendront qu’ils sont de charmants originaux, toujours ingénieurs du son ou infographistes, parfaitement reconnaissables entre eux, mais (surprise) qu’ils font aussi partie du reste de la population vieillissante, la dernière version (la version hipster) des quadragénaires encore un peu punk, des quinquagénaires (toi, Liz ?) qui gèrent encore, bien que de façon différente, cette boîte de fripes d’occasion de putes de rodéo. »

    Lu en 2015

  • Aucun homme ni dieu

    de William Giraldi (Autrement)

    Un roman étrange qui se situe en Alaska.

    Russell Core est un spécialiste des loups, appelé à l’aide par Medora Slone : son enfant a été emporté par les loups. Il n’est pas le seul : d’autres enfants du village ont disparu. Vernon, le mari de Medora est parti à la guerre.

    En partant sur les traces des loups, Russell va faire une découverte stupéfiante à propos de la disparition de l’enfant. Entre-temps, Medora va également disparaître. Revenu de la guerre, Vernon part également à la recherche de sa femme et de son fils avec l’aide d’un ami esquimau.

    L’ambiance est à la fois ouatée (la neige) et très violente (nombreuses morts violentes). Une atmosphère envoutante parfois.

    Lu en 2015

  • ça aussi ça passera

    de Milena Busquets (Gallimard)

    Les espagnols ont aussi leurs bobos. Le milieu que décrit M. Busquets ressemble plus exactement à celui des bobos post-hippies.

    Pour résumer : Blanca passe tous ses étés à Cadaquès, dans la maison familiale où vivait sa mère qui vient de mourir. Blanca y emmène toute une tribu avec elle : enfants, amies, ex-maris, …on ne sait plus trop qui est qui et qui couche avec qui mais ce n’est pas grave. L’ambiance est typiquement espagnole, semblable à celle d’Ibiza, moins les touristes du Nord.

    Blanca s’adresse à sa mère par une lettre post mortem. Elle dresse le portrait d’une femme libre mais pas une véritable mère. Des rapports tendus apparaissent dans ce que décrit Blanca.

    Il reste de ce livre un sentiment de légèreté, de désinvolture et de liberté que semble choisir Blanca pour affronter la mort de sa mère. Et parfois c’est agaçant aussi.

    J’ai beaucoup aimé la façon dont M. Busquets sait rendre palpable cette ambiance typique des vacances quand on se retrouve chaque été dans un même endroit : la familiarité et l’étrangeté de l’ambiance des jours de vacance.

    Lu en 2015

  • L’amie prodigieuse

    de Elena Ferrante (Gallimard)

    Grand coup de coeur pour ce livre recommandé par les libraires de la rue Choron. Une histoire d’amitié féminine dans le Naples populaire (il y en a un autre ?) des années 50.

    L’amie prodigieuse est le premier tome d’une série qui retrace 50 ans d’amitié entre Lila et Léna (le tome 2, Le nouveau nom, est sorti en janvier 2016).

    Dès les premières années d’école, Lila est brillante ; Léna est besogneuse. Contre toute attente, Léna va poursuivre et réunir ses études alors que Lila va suivre une autre voie : se marier et reprendre la cordonnerie familiale pour essayer de la transformer en un commerce moderne. Outre leur éveil intellectuel, on assiste aussi à la transformation physique des deux jeunes filles et l’auteur le fait d’une façon très habile. Laquelle des deux est « l’amie prodigieuse » ? Je penche pour Lila, personnage de femme fort et atypique pour son époque, avec qui l’amitié n’est pas facile.

    L’auteur, Elena Ferrante, entretient une sorte de mystère autour d’elle : elle (ou il ?) ne veut pas apparaître dans les médias. Elle (il) se justifie ainsi dans un entretien récent donné au Financial Times et rapporté par le magazine Lire (février 2016) :

    « Ma petite bataille culturelle, je la mène pour les lecteurs. Et je crois que les auteurs doivent être appréciés dans les livres qu’ils signent, et non dans la personne physique qui les écrit ou dans leur vie privée. Hors du texte, il n’y a que des ragots inutiles. »

     

    Lu en 2015