Catégorie : Romans

  • Un roman russe

    de Emmanuel Carrère (P.O.L)

    Rarement un livre m’aura autant agacée avec, parfois, l’impression d’être devant une imposture. Et pourtant, je suis partagée entre dire « attention chef d’oeuvre » ou « passez votre chemin, lecteur ».

    Tout n’est que prétexte à parler de lui, l’auteur, et toujours de lui : le personnage hongrois abandonné de tous et retrouvé des décennies après la seconde guerre mondiale, le grand-père maternel, peut-être exécuté pour faits de collaboration (il était traducteur pour la Gestapo), la farouche volonté de vouloir à tout prix apprendre le russe, …

    Ce qui m’a le plus agacée, c’est sans doute l’histoire de la nouvelle parue dans Le Monde. Tout ce stratagème pour que son amie, à qui la nouvelle était destinée, la lise exactement à l’heure que lui, l’auteur, a décidée, c’est-à-dire dans le train qui amène l’amie à La Rochelle pour le rejoindre. Le fantasme érotique est vraiment à deux balles et je me demande comment il n’est pas mort de honte ensuite devant son entourage, parents et amis, après la parution du livre. Cependant, la construction de ce passage est géniale. Carrère est un véritable écrivain qui nous sert de l’autofiction avec beaucoup de brio.

    Je le trouve injuste avec sa mère : pourquoi la forcer à dévoiler l’histoire de son père ? Pour moins souffrir ? Mais de quoi souffre-t-il au juste ? Un monstre d’égoïsme ce Carrère !

    Lu en 2007

  • D’autres vies que la mienne

    de Emmanuel Carrère (P.O.L)

    C’est un très beau livre, même si au début je craignais qu’EC ne parle que de lui-même et de son histoire d’amour avec Hélène. Un peu trop de détails aussi sur le surendettement et les mécanismes judiciaires autour : à croire qu’EC débarque sur une planète inconnue (c’est Candide au pays du surendettement). Mais le reste est admirable. EC se met en retrait pour parler de gens formidables, grands et fragiles, petits et tellement courageux.

    J’ai sangloté au récit de la mort de Juliette, la belle-soeur.

    Décidément, ce type (EC) m’agace autant qu’il m’épate (voir ma réaction à la lecture de son roman précédent Un roman russe).

    Lu en 2009

  • Le chant d’Achille

    de Madeleine Miller

    Un beau livre sur l’amour entre Patrocle et Achille. Ce dernier n’apparaît pas particulièrement sympathique mais tellement humain ! Comme si l’auteure avait choisi de ne développer que sa dimension humaine : après tout, Achille n’est qu’un demi-dieu !

    Aussi pour ceux qui n’ont pas lu L’Iliade ou pas eu le courage de le faire.

    (Offert par Claire pour Noël 2014)

  • L’immeuble Yacoubian

    de Alaa El Aswany (Actes Sud)

    Une succession de personnages, tous habitants de l’immeuble Yacoubian au Caire, appartenant à des milieux différents. Le livre a été publié en 2002 en Egypte et traduit en français en 2006.

    L’action est contemporaine du régime Moubarak et l’on voit se côtoyer de vieux notables qui ont connu une Egypte cosmopolite aux influences orientales et occidentales, des jeunes qui se tournent vers l’islam radical parce qu’ils sont rejetés par les institutions (Taha dont la candidature est refusée par la police parce que son père est gardien d’immeuble), des jeunes femmes obligées de se laisser tripoter par des vieux pour garder leur emploi, un couple d’homosexuels au destin tragique, etc. Bref, un concentré de la société égyptienne (de cette époque) dans la verticale d’un immeuble (construit par un architecte français).

    Lu en 2013