Catégorie : Romans

  • Et maintenant il ne faut plus pleurer

    de Linn Ullmann, (Actes Sud)

    Une petite musique, une véritable ambiance mélancolique. Avec ce couple qui se délite, cette grand-mère farfelue toujours accompagnée de sa gentille géante d’amie, et Mille, l’adolescente baby-sitter, qui disparaît tragiquement durant une nuit d’été, une nuit où l’on fête l’anniversaire de la grand-mère.

    Grave et très triste. Siri, le personnage principal de cette histoire, est étrange et triste.

    Lu en 2015

  • Canada

    de Richard Ford (Points)

    Je me suis accrochée et j’ai eu raison, surtout pour la seconde partie du livre dans laquelle Dell se retrouve au Canada, entouré de rudes gaillards.

    On ne sait pas comment Dell réussit à poursuivre ses études et à devenir professeur mais son histoire est celle d’un véritable destin, une expérience de survie en milieu humain, non pas complètement hostile mais incroyablement dangereux pour un jeune de 15 ans !

    Lu en 2015

  • Je viens

    de Emmanuelle Bayamack-Tan (P.O.L)

    Choc amoindri en comparaison de Si tout n’a pas péri avec mon innocence. Je viens raconte l’histoire de Charonne. Un récit à trois voix : Charonne, Nelly, sa grand-mère et Gladys, sa mère (dans Si tout n’a pas péri avec mon innocence,  la mère de Kim et la sage-femme portent aussi ce prénom).

    Toute une tribu familiale vit dans la même maison : les trois générations et une flopée de domestiques philippins.

    Charonne est une enfant adoptée. Le malentendu est total entre elle et ses parents adoptifs, un couple de rentiers écolos, grands randonneurs à travers le monde. Charonne passe la plupart de son temps avec Nelly, ex starlette vivant des souvenirs de sa beauté perdue et de son premier mariage avec un homme qui l’adorait. Seule Nelly semble aimer Charonne et réciproquement.

    La différence de Charonne est outrageusement soulignée non seulement par son physique hors norme mais surtout par son intelligence et sa perspicacité pour cerner les gens.

    Au début du livre, j’avais un léger sentiment de « fabriqué ». Mais, ce qu’il y a de très réussi c’est la façon dont EBT parvient, grâce à la progression de chacun des trois récits, à faire évoluer notre opinion sur chacun des personnages (surtout sur celui de Gladys, la mère), à transformer l’éventuel parti-pris du lecteur ou le capital sympathie d’un personnage.

    Lu en 2015

  • Si tout n’a pas péri avec mon innocence

    de Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L.)

    Un beau nom d’écrivain, un beau titre de livre (un vers extrait des Métamorphoses d’Ovide), un beau livre.

    Kim (Kimberley) aime Baudelaire et Victor Hugo. Elle vit dans une famille de frapadingues. Sa mère, Gladys, est affligée d’un bec de lièvre dont elle tire parti comme pour renverser les canons de la beauté : elle est stripteaseuse dans une boîte minable. Le livre s’ouvre d’ailleurs avec la naissance de Gladys : un accouchement décrit de façon épique. La légende familiale dira plus tard que Gladys s’appelle ainsi, du même nom que la sage-femme qui a accouché sa mère, comme si cette dernière voulait se venger sur la sage-femme de la « monstruosité » de sa nouvelle née. Gladys aura 5 enfants (3 filles et 2 garçons) avec Patrick, personnage mignon (physiquement) mais falot, tatoueur de profession.

    Kim est belle, brillante en classe, sportive. Elle essaie de protéger ses deux petits frères : Lorenzo et Esteban. Elle dort avec eux, joue avec eux, essaie de les défendre à l’école contre l’ignominie des autres enfants. Lorenzo, raillé depuis son enfance pour ses cheveux roux, ne pourra pas être sauvé de la bêtise humaine. Kim cherche sa sexualité, cherche à échapper à cette repoussante famille (à cheval entre la tribu Malaussène et les Groseille), à travers le sport et sa prof de gym.

    Dans la seconde partie, Gladys Esperandieu, la sage-femme, refait son apparition, reconvertie en prostituée au grand coeur, entourée d’un mainate cultivé et grivois et d’un chat. Sous son toit, Kim s’essaiera à la prostitution. Le personnage de Gladys ne m’a pas tout de suite convaincue mais il prend tout son sens dans la suite du récit comme remplaçante de la grand-mère de Kim, partie faire un retour aux sources en Algérie. Cette grand-mère, seul personnage bienveillant et aimant de la famille, va disparaître dans son Algérie natale.

    Et il y a ce merveilleux personnage de Charonne, magnifique déesse noire, majestueuse dans son obésité (l’auteure prétend détester les maigres). Charonne est l’amie de Lorenzo. Sa personnalité qui en impose autant que son physique, ne suffira pas à le protéger. Charonne est aussi une blessée de la vie, une abusée par la violence (excisée et violée).

    Et le livre se termine sur le début de l’histoire d’amour entre Charonne et Kim. Avec, tout au long des chapitres, des vers de Baudelaire, « le seul Charles qui vaille », dixit Kimberley.

    Lu en 2015 sur les conseils de Mélanie, ma libraire.