Catégorie : Romans

  • L’intérêt de l’enfant

    de Ian McEwan (Gallimard)

    Fiona est une magistrate, spécialiste en droit de la famille. Jack, son mari, est un professeur d’université. Fiona est passionnée par son travail. Le livre s’ouvre sur une scène magistrale au cours de laquelle Jack annonce à Fiona qu’il a besoin d’éprouver une nouvelle fois les sensations d’une passion charnelle et qu’il a décidé de faire un break dans leur couple bien qu’il aime toujours sa femme…On le retrouvera quelques pages plus loin…calmé dans ses ardeurs.

    Fiona est le personnage passionnant ce livre ; Fiona et son histoire avec Adam, un jeune malade de 17 ans que les croyances religieuses de ses parents (auxquelles il adhère) condamnent à une mort certaine. Il a en effet besoin d’une transfusion sanguine interdite par sa religion. En Grande-Bretagne, c’est au juge de décider « dans l’intérêt de l’enfant ».

    Avant de prendre sa décision, Fiona va rencontrer Adam à l’hôpital. Elle sera impressionnée par la personnalité de ce jeune homme avec qui un lien très fort se crée. De la décision de Fiona dépend le reste de la vie d’Adam. C’est très fort car on ne s’attend pas à ce qui suit la décision rendue par Fiona. Elle offre à Adam la possibilité de démarrer une autre vie pendant un court laps de temps. Il espérait plus de Fiona. Quand la maladie récidive, c’est à lui de prendre la décision de suivre un traitement car, entre-temps, Adam est devenu majeur.

    Infiniment beau, triste et humain.

    Lors de son interview au théâtre de l’Odéon (octobre 2015), Ian McEwann a beaucoup insisté sur l’importance qu’il attachait au travail, aux compétences qu’il permet d’acquérir. Dans ses romans, les personnages exercent souvent des métiers très spécialisés : magistrat, ingénieur en énergie solaire, neuro-chirurgien. Lors de son interview il a raconté que l’un de ses livres dont le personnage principal est un neuro-chirurgien (je ne sais pas lequel), il a passé beaucoup de temps à observer les techniques dans un bloc opératoire. Il aime expliquer, entrer dans les arcanes d’un métier. En lisant ce livre j’ai d’ailleurs compris comment se construit le droit en Grande-Bretagne : par la jurisprudence. La façon dont les juges rédigent et justifient leurs décisions est extrêmement importante : ces jugements sont considérés parfois comme des morceaux de bravoure. Un art dans lequel Fiona semble exceller.

    Lu en 2015

  • Deux messieurs sur la plage

    de Michael Kölmeier (Actes Sud)

    Ces deux messieurs sont Winston Churchill et Charlie Chaplin qui se promènent sur la place de Santa Monica, en Californie, et découvrent qu’ils souffrent du même mal : la dépression. Churchill appelle cette maladie « le chien noir ». Ils se promettent de venir se secourir mutuellement dès que l’un ou l’autre sentira arriver « le chien noir ». W. Churchill et Ch. Chaplin se sont rencontrés en 1932.

    Ce livre est étrange. L’histoire est racontée par un narrateur qui prétend avoir découvert cette relation entre les deux célébrités en lisant la correspondance de son père et du secrétaire de W. Churchill. Mais on s’en fout un peu de la façon dont nous est relatée cette histoire décousue. Le livre est une succession de chapitres alternativement consacrés à W.C. et à C.C.. En fait, ils se sont très peu rencontrés.

    Une anecdote très étonnante rapportée dans le livre : il y avait à cette époque un médecin d’Hollywood qui prétendait soigner la dépression par des cures de piqûres…d’héroïne ! Il fournissait lui-même la drogue à ses patients et leur prescrivait des cures intensives de 3 jours !

    Lu en 2015

  • Une constellation de phénomènes vitaux

    de Anthony Marra (JC Lattès)

    « Vie : une constellation de phénomènes vitaux – organisation, irritabilité, mouvement, croissance, reproduction, adaptation. »

    Cette définition est lue par Natacha (page 220) dans le Dictionnaire médical de l’union des médecins soviétiques.

    Akmed, piètre médecin mais bon dessinateur se présente à Sonya, médecin à l’hôpital de Grozny, en prétendant avoir été reçu dans le « top ten » à l’école de médecine. Il omet de préciser que c’était dans les dix derniers… Akmed vit dans un petit village de Tchétchénie. L’action se déroule en 5 jours avec des retours en arrière de 1994 à 2004. On est plongé dans la guerre de Tchétchénie. Un sujet guère exploré en littérature (du moins, à ma connaissance).

    Les premiers personnages qui apparaissent sont Akmed et Havaa, voisins dans leur village. Havaa, une fillette âgée de 8 ans, vit seule avec son père. Torturé par les Russes, celui-ci a perdu ses doigts et Havaa l’aide au quotidien : « elle est ses doigts ». Quand le père est arrêté une nouvelle fois par les Russes, Akmed décide d’emmener Havaa se cacher à l’hôpital de Grosny, auprès de Sonya, jeune chirurgienne qui continue de soigner les blessés dans des conditions épouvantables. Sonya est la soeur de Natacha qui s’était réfugiée chez le père d’Havaa : c’est ainsi qu’Akmed avait appris l’existence de Sonya.

    Dans le village, Ramzan dénonce ses voisins aux Russes. On apprendra dans le cours du récit pourquoi il agit ainsi. Ramzan est le fils de Khassan, combattant de la première guerre de Tchétchénie et auteur d’un ouvrage qu’il n’en finit pas d’écrire Origines de la civilisation tchétchène. Deux ouvrages sont importants dans ce livre : celui de Khassan et le Dictionnaire médical de l’union des médecins soviétiques dans lequel Natacha va trouver la définition du mot vie (qui donne son titre au livre). Ces deux ouvrages construisent des liens entre les personnages. Des liens dont le sens se dévoile au fur et à mesure du récit dans une construction très habile.

    Un livre sur la guerre et les tragédies humaines qu’elle engendre, bien sûr. Mais aussi un livre rempli d’humanité avec une subtile imbrication des destinées.

    Sonya et Natacha ont été séparées quand la première est partie étudier la médecine à Londres. Elles se retrouveront, brièvement, pendant la guerre, à l’hôpital de Grozny. Natacha a vécu la guerre de façon trouble : prostitution forcée, toxicomanie.

    Akmed et sa femme mourante, son amitié pour le père d’Havaa, son attirance pour Sonya ; Ramzan, le dénonciateur à l’histoire poignante qu’il raconte sans tentative de justification ; et puis Havaa vers qui tous les personnages convergent. Elle vivra grâce à leurs sacrifices.

    Lu en 2015

     

     

     

     

     

     

  • Fairyland

    Un poète homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70.

    de Alysia Abbott (Globe)

    Je l’ai lu avant de partir à San Francisco pour me mettre dans l’ambiance. Inutile de préciser que le SF décrit dans ce livre et celui d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir…

    Après la mort de sa femme en 1974, Steve Abbott, poète et militant pour les droits des homosexuels, emménage dans le quartier de Haight Ashbury avec sa fille Alysia, 2 ans. Le quartier était alors le haut lieu de la culture hippie.

    L’histoire du père et de la fille est touchante. Ils ont tiré le diable par la queue ensemble. Steve, outre son activité créatrice, multiplie les petits boulots pour faire vivre sa fille. Il dirigera une petite maison d’édition mais qui ne le rendra pas milliardaire. Alysia fait des séjours réguliers chez ses grands-parents maternels et semble apprécier les contrastes de modes de vie.

    Steve fait partie des premiers malades du sida, et il en mourra. Alysia va l’accompagner jusqu’à la fin. Une relation père-fille intelligente, mature, sobrement racontée.

    Lu en 2015