Livres en Pile

  • Péchés innombrables

    De Richard Ford (Points)

    C’est formidable ! Une des rares fois où je termine un recueil de nouvelles. Une seule m’a déplu « Charité » : un couple séparé mais l’homme et la femme se voient toujours. Lui, un ancien flic reconverti en artiste ; elle, assistante sociale. Ils se sont séparés en raison d’une incartade du mari.

    Des passages fulgurants sur le mode de vie américain. Aussi fin psychologue que sociologue.

    Extrait, in Abîme, page 370 :

     « Pour lui l’immobilier donnait la mesure et la clé de tout. La qualité de vie de chacun se mesurait en valeur immobilière, mais en fonction inverse : plus c’était cher, pire était la vie. Seulement la triste vérité, paraît-il, c’était tout ce qu’on verrait là en bas (…), oui, on ne trouverait là que des maisons, des parkings, des centres commerciaux, des bureaux et l’assortiment complet des maux de la terre qui viennent de ce qu’on habite trop près de ses voisins : la délinquance, la pauvreté, l’hostilité, la tromperie et l’air irrespirable. Ces maux s’abattaient comme un fléau, et il n’y aurait pas longtemps à attendre avant l’apocalypse. Toutes les polices du monde ne pouvaient arrêter cette invasion, dit-il. » 

    Des paroles prononcées depuis le paysage grandiose du Grand Canyon.

    Lu en 2008

  • Canada

    de Richard Ford (Points)

    Je me suis accrochée et j’ai eu raison, surtout pour la seconde partie du livre dans laquelle Dell se retrouve au Canada, entouré de rudes gaillards.

    On ne sait pas comment Dell réussit à poursuivre ses études et à devenir professeur mais son histoire est celle d’un véritable destin, une expérience de survie en milieu humain, non pas complètement hostile mais incroyablement dangereux pour un jeune de 15 ans !

    Lu en 2015

  • Le bonheur des petits poissons

    de Simon Leys, (JC Lattès)

    Un très joli nom pour un très joli livre et un vrai bonheur pour le lecteur.

    Il s’agit d’un recueil de chroniques parues dans Le Magazine Littéraire.

    Tout est dans cette citation de Schopenhauer, reproduite page 47 dans un chapitre intitulé « A bâtons rompus » :

    « Sur la saine façon de fréquenter les livres, Schopenhauer a fait des observations qui demeurent d’une pertinence troublante : « L’art de ne pas lire est très important. Il consiste à ne pas s’intéresser à tout ce qui attire l’attention du grand public à un moment donné. Quand tout le monde parle d’un certain ouvrage, rappelez-vous que quiconque écrit pour les imbéciles ne manquera jamais de lecteurs. Pour lire de bons livres, la condition préalable est de ne pas perdre son temps à en lire de mauvais, car la vie est courte. Seul celui qui tire ses écrits directement de son cerveau mérite d’être lu. »

     

    Les petits poissons sont-ils heureux ?…tout est une question de point de vue. (extrait)

    « Zhuang Zi et le logicien Hui Zi se promènent sur le pont de la rivière Hao. Zhuang Zi observa : « Voyez les petits poissons qui frétillent, agiles et libres : comme ils sont heureux ! » Hui Zi objecta : « Vous n’êtes pas un poisson ; d’où tenez-vous que les poissons sont heureux ? – Vous n’êtes pas moi, comment pouvez-vous savoir ce que je sais du bonheur des poissons ? – Je vous accorde que je ne suis pas vous et, dès lors, ne puis savoir ce que vous savez. Mais, comme vous n’êtes pas un poisson, vous ne pouvez savoir si les poissons sont heureux. – Reprenons les choses par le commencement, rétorqua Zhuang Zi, « quand vous m’avez demandé « d’où tenez-vous que les poissons sont heureux » la forme même de votre question impliquait que vous saviez que je le sais. Mais maintenant, si vous voulez savoir d’où je le sais – eh bien je le sais du haut du pont. »

    Lu en 2007

  • Quand vous viendrez me voir aux antipodes

    de Simon Leys / Lettre à Pierre Boncenne (Philippe Rey)

    Déjà, quel titre ! Tout un voyage…Après la mort de Simon Leys (en août 2014), son ami Pierre Boncenne (journaliste et écrivain), a publié des extraits de leur correspondance sous forme d’abécédaire. Un délice ! De toutes façons, c’est toujours un délice de lire (et relire) du Simon Leys. Et puis, cet amour de la littérature, cette érudition formidable ! Grâce à Simon Leys, j’ai découvert Chesterton.

    Je suis inconsolable de l’avoir découvert tardivement dans ma vie de lectrice.

    Lu en 2005