Catégorie : Récit

  • Intelligence inhumaine ou intelligence artificielle ?

    Intelligence inhumaine ou intelligence artificielle ?

    MANIAC de Benjamin Labatut – Roman – traduit de l’anglais par David Fauquemberg – Grasset


    Connaissez-vous Paul Ehrenfest, John von Neumann, Lee Sedol ? Les deux premiers sont des scientifiques qui ont pressenti et/ou contribué à l’émergence d’une nouvelle forme d’intelligence ? Le troisième est celui qui s’est confronté à l’intelligence artificielle.

    Pour reprendre les mots de Benjamin Labatut, MANIAC est un livre qui parle de l’intelligence humaine et de l’intelligence artificielle. Tout simplement. « Il parle surtout des délires de la raison, des illusions perdues et de l’intelligence artificielle. Et des choses que la logique peut montrer sur notre humanité. « 

    « L’étrange rationalité nouvelle »
    La première partie est centrée sur Paul Ehrenfest (1880-1933), physicien autrichien, ami d’Albert Einstein, « un homme profondément curieux qui voulait atteindre le coeur des choses« . P. Ehrenfest est l’incarnation du savant humaniste et qui a pressenti les conséquences effrayantes des « nouvelles idées de la physique ». B. Lebatut le décrit comme un homme  » submergé par un sentiment d’impuissance face à l’étrange rationalité nouvelle qui commençait à se profiler autour d’eux, cette forme d’intelligence profondément inhumaine, tout à fait indifférente aux besoins les plus fondamentaux de l’humanité.  » Désespéré par sa situation personnelle et par la montée du nazisme en Europe, P. Ehrenfest se suicide en 1933, après avoir tué son jeune fils lourdement handicapé.

    Le prophète du XXIe siècle ?

    La partie la plus longue du livre est construite autour de John von Neumann (1903-1957), mathématicien et physicien né en Hongrie, puis réfugié aux USA où il prend la nationalité américaine. J. von Neumann est « raconté » par des personnes qui l’ont côtoyé : sa femme, ses collègues, son frère, ses professeurs, etc.
    B. Lebatut le présente comme l’un des hommes les plus intelligents du XXe siècle, un scientifique éloigné de l’humanisme d’Ehrenfest. « Une sorte de prophète du XXIe siècle, décrit B. Lebatut, parce qu’on vit vraiment à l’intérieur de beaucoup de ses créations qu’on le veuille ou non, on vit dans le monde de J. von Neumann. Un homme dont la capacité intellectuelle n’avait pas de limites, responsable de certaines des idées les plus dangereuses mais aussi des plus excitantes. […]Je crois que la raison pour laquelle la réalité devient un cauchemar est sans doute due aux idées de Joseph von Neumann. »
    Pour sa femme Klara Dan, J. von Neumann était un homme « brillant mais puéril, perspicace mais incroyablement superficiel. » Elle affirme que ce sont les USA « qui ont fait ressortir le pire en lui. »
    Avec d’autres scientifiques J. von Neumann a contribué au projet Manhattan lancé en 1942 par les Américains pour développer la bombe atomique, « les grandes technologies de la mort » déplorait Albert Einstein. (Voir le film réalisé par Christopher Nolan en 2023).
    « L’individu qui avait donné le jour à l’ordinateur moderne, jeté les bases mathématiques de la mécanique quantique, écrit les équations ayant mené à l’implosion de la bombe atomique, conçu la théorie des jeux et du comportement économique, annoncé l’avènement de la vie numérique, des machines auto-réplicatives, de l’intelligence artificielle […]« 
    J. von Neumann a aussi perfectionné un énorme calculateur, l’ENIAC (Electronical Numerical Integrator and Computer) un « engin » de 100 m de long, 3 m de haut, 1 m de large et pesant plus de 10 tonnes, pour le transformer en MANIAC (Mathematica Analyser Numerical Integrator et Computer), « le modèle de l’ordinateur moderne, l’ADN de l’univers numérique tout entier » selon John Bigelow (1913-2003), un pionnier de l’informatique. Le MANIAC a aussi été utilisé pour la fabrication de la bombe à hydrogène.
    John von Neumann meurt à 53 ans d’un cancer, après une longue et douloureuse agonie. Le MANIAC a été débranché un an plus tard par Julian Bigelow.

    « Ma défaite n’est pas la défaite de l’humanité »

    La troisième partie est consacrée à Lee Sedol, un joueur de go coréen qui, en 2017, a disputé une partie d’anthologie contre AlphaGo une intelligence artificielle développée par Deepmind et la première machine capable de battre un joueur professionnel. « Quand les futurs historiens se pencheront sur notre époque et s’efforceront de localiser la première lueur d’une authentique intelligence artificielle, ils la trouveront peut-être dans un coup de la deuxième manche, opposant Lee Sedol à AlphaGo, disputée le 10 amas 2017, le 37e. Jamais un ordinateur n’avait fait une chose pareille. » La « machine » a en effet tendu un piège à Seedol au cours d’une partie pleine de rebondissements où elle se comportait parfois comme un être humain déboussolé. Lee Sedol a commenté ainsi ce match légendaire : « Le go est un jeu où l’on s’amuse qu’on soit amateur ou professionnel. Le plaisir est l’essence du jeu de go. Et Alpha Go est très fort, mais ne peut connaître cette essence. Ma défaite n’est pas la défaite de l’humanité. Je crois que ces parties ont clairement révélé mes propres faiblesses, pas celles de l’humanité.« 

    Pourquoi il faut lire MANIAC ?
    – parce qu’il est gorgé d’informations passionnantes sur l’histoire de la science au XXe siècle,
    – parce qu’il se lit comme un roman et que l’auteur affirme une véritable ambition littéraire,
    – parce qu’on aime les génies tourmentés,
    – parce qu’il propose une réflexion profonde sur l’intelligence humaine à l’heure où on ne parle que de l’intelligence artificielle.

    Benjamin Labatut est un auteur chilien, âgé de 45 ans. Il est né à Rotterdam. Il a vécu à La Haye, à Buenos Aires et habite aujourd’hui à Santiago du Chili. Il a écrit 5 livres dont 2 traduits en français (Lumières aveugles, est un un des plus connus). Selon son éditeur dans les livres de Labatut « la littérature rencontre toujours l’histoire des sciences ».

  • Deux livres d’avant le confinement

    Voici deux livres que j’ai lus avant la période de confinement. Si vous êtes à la recherche de livres distrayants, qui vous fassent oublier cette difficile période, passez votre chemin…Ces deux livres nous parlent de la souffrance des jeunes : souffrance psychologique liée à la maltraitance familiale ; souffrance face à la maladie et la mort.

    Champion de Maria Pourchet – Folio

    Champion est le double de Fabien un adolescent de 15 ans placé dans un internat à quelques kilomètres seulement de chez lui.
    Fabien s’adresse par écrit à sa psychiatre comme elle le lui a demandé. Quand il rentre chez lui le weekend, Fabien vit l’enfer. Sa mère qui semble le détester le maltraite, et son père, désemparé, ne fait pas grand chose pour défendre son fils.
    Et Fabien accumule les « bêtises » de son âge : boire, fumer, voler, être mêlé (peut-être ?) au meurtre d’une vielle dame.

    On découvre progressivement qui est Champion et le secret de famille qui a bouleversé le lien entre Fabien et sa mère. Un livre grinçant, déroutant, original. L’écriture m’a un peu dérangée au début (un peu affectée pour imiter un style ado) et puis on s’y fait car Fabien est attachant et émouvant.

    Un livre recommandé par Les Arpenteurs

    Pierre Jourde – Winter is coming – Folio

    Encore plus triste que le précédent et encore plus bouleversant car nous ne sommes plus dans la fiction.

    Gabriel Jourde, alias Gazou, 20 ans, est atteint d’un cancer du rein rarissime, associé à une maladie d’origine génétique, la drépanocytose, qui touche les jeunes Noirs.
    Pierre Jourde, son père, raconte la dernière année de Gabriel, les séjours à l’hôpital, la succession des examens.
    Parfois, ces terribles maladies s’endorment le temps d’une rémission trompeuse pour mieux imposer leur brutalité après le fol espoir.

    Les dernières pages sont terribles peut-être insoutenables face à la souffrance de Gabriel et au désespoir des parents. Le père se revoit dans cette chambre d’hôpital, les mains retournées en signe d’impuissance, tournées vers qui, vers quoi ? Ce sont les derniers instants de Gabriel :

    « Voici que, dans la pénombre, la mère est assise au chevet de son fils, la te^te penchée sur lui, les deux mains posées sur son bras ; Hélène, debout, en retrait, regarde elle aussi Gabriel qui dort, ou qui voyage dans les visions de la morphine. Toutes deux le veillent et ne le quittent pas des yeux, comme s’il suffisait d’un moment d’inattention pour qu’il nous échappe à jamais. Voici que le père, debout lui aussi, sans en avoir d’abord conscience, les bras écartés du corps, ouvre les mains. C’est le geste instinctif d’impuissance de qui s’avoue désarmé; ces mains devraient agir, mais ne peuvent plus rien faire cette fois, plus rien à prendre ni à donner, rien à saisir, on ne peut plus caresser l’enfant, ni le soigner ni le prendre dans ses bras pour le consoler, comme quand il était petit et qu’il était tombé, on le voudrait mais c’est impossible, alors que faire d’autre, devant l’inéluctable, que de laisser ouvertes les mains. »

    La suite est tout aussi émouvante avec une magnifique comparaison avec des comparaisons puisées dans les souvenirs esthétiques de l’auteur. Lui revient alors en mémoire des scènes de « descentes de croix des maîtres anciens ». Et puis le père culpabilise de réagir ainsi dans un moment pareil :

    « S’en vouloir un instant de faire l’esthète et l’amateur d’art au moment même de la mort de son enfant, même là trouver encore le moyen de simagrées et des poses avantageuses, et puis non, comprendre que ce n’est pas cela, ils savaient, les maîtres anciens, ce que c’était que la souffrance humaine, ils connaissaient bien ce qui s’empare des muscles et des regards, cette force qui meut les bras, incline les têtes et fait jaillir les larmes, comme si une présence invisible empoignait, tordait et modelait ce corps qui ne sait pas ce qui s’empare de lui, qui ne sait pas comment ni où se tenir, et s’abandonne. »

    Certes la littérature peut-être source de consolation ou de distraction (surtout en période de confinement) mais elle nous aide aussi à nous rapprocher en témoignant d’une universelle expérience.

  • Venise à double tour

    Venise à double tour

    de Jean-Paul Kauffmann, Equateurs Littérature

    Combien d’églises compte Venise ? Plusieurs centaines si on en croit les guides mais, grâce à Jean-Paul Kauffmann, on apprend que toutes les églises vénitiennes ne sont pas ouvertes au public : « Beaucoup d’églises sont fermées à jamais, faute de prêtres et de fidèles. Certaines, menaçant ruines, soutenues par des étais, sont interdites pour des raisons de sécurité. Quelques-unes ont changé d’affectation, elles sont transformées en musées, bureaux, entrepôts, appartements ou encore salles de spectacle. »

    Ces églises fermées suscitent chez J.P. Kaufmann « un état de frustration insupportable« . Aussi décide-t-il de s’installer à Venise pendant quelques mois, plus exactement sur l’île de la Giudecca (en face de Venise, « à 3 minutes en vaporetto de San Marco ») et d’affronter une bureaucratie insaisissable mais censée lui ouvrir les portes des églises. Il s’agit d’une quête, celle d’un homme qui espère découvrir des trésors cachés derrière ces portes closes.

    Le mystère du « grand vicaire »
    Le livre aurait pu s’appeler aussi « A la recherche du grand vicaire », un personnage mystérieux qui dirige le Patriarcat, l’administration du patrimoine religieux. Le grand vicaire est un grand voyageur : parfois au Japon, parfois à Venise mais toujours invisible. Il faudra que J.P. Kauffmann se fasse aider par une guide française vivant à Venise, un peu sceptique au départ quant au bien-fondé de la démarche. Elle se méfie des non-vénitiens à la recherche « des adresses secrètes » de la ville : « Les secrets doivent être respectés » s‘agace-t-elle devant certains touristes qui se croient plus malins que les autres. Et pour finir elle aidera J.P. Kauffmann à se faire ouvrir quelques portes.

    Venise à double tour recèle plusieurs livres à la fois. Pour ceux qui connaissent et aiment Venise, c’est une redécouverte dans les pas d’un voyageur qui connait bien la ville et qui nous fait entrer dans ces églises que nous ne verrons peut-être jamais. C’est aussi le récit d’une enquête bien préparée, avec méthode et plusieurs mois passés sur le terrain dans les traces de l’administration italienne. Pour ceux qui ne connaissent pas Venise c’est une bonne idée de faire découvrir la ville depuis La Giudecca et à travers ses églises.
    Comme d’autres livres de J.P. Kauffann – je pense notamment à « Remonter la Marne » – j’ai beaucoup apprécié les passages où l’auteur se livre, évoque ses souvenirs, ses lectures sur Venise (Sartre, Lacan, Morand sont souvent cités). J’ai appris ainsi que Sartre avait écrit de très belles pages sur l’eau de Venise. J’ai eu le sentiment aussi que J.P. Kauffmann faisait plus facilement allusion à ses années de captivité quand il était retenu comme otage au Liban de 1985 à 1988…Et puis je l’ai trouvé aussi plus malicieux : les passages qui racontent comment il poursuit le grand vicaire sont assez drôles.

    L’eau de Venise. Photo : Sylvie Bezat

    Non, Venise ne meurt pas
    Le problème du surtourisme à Venise est évidemment évoqué. Selon la guide française citée par J.P. Kauffmann, le tourisme vénitien était « paisible » jusque dans les années 80 (c’est la Venise que j’ai connue car je crois que mon dernier voyage à Venise date de 1983).

    Pour info : 54 000 personnes vivent à Venise et 30 millions de touristes visitent la ville chaque année. Le nombre de Vénitiens diminuent : 1 000 personnes par an.


    J.P. Kauffmann, lui, s’élève contre l’image « décadente » attachée depuis longtemps à Venise : « Je n’adhère en aucune façon à l’image mortifère de Venise, la chute, les affres de la décadence (vieille lune romantique qui continue à faire des ravages), pas plus qu’à la vision d’une beauté faisandée et factice. Comme toute chose ici-bas, Venise va vers sa disparition. C’est un achèvement qui n’en finit pas, un terme toujours recommencé, une terminaison inépuisable, renouvelée, esquivant en permanence l’épilogue. La phase terminale, on l’annonce depuis le début. Elle n’a pas eu lieu. Elle a déjoué tous les pronostics. Cette conclusion ne manquera pas de survenir pour nous tous ; Venise, elle, passera à travers. « 
    J.P. Kauffmann n’a pas tort. Je suis souvent allée à Venise dans les années 70/80 et on entendait déjà cette chanson « Venise va mourir » et elle est toujours là.

  • La loi de la mer

    de Davide Enia, traduit de l’italien par Françoise Brun

    Lampedusa, une île au large de la Sicile dont le nom évoque pour nous tous le malheur de ces milliers de personnes qui viennent s’y réfugier ou qui meurent au large de ses côtes. Davide Enia, écrivain et dramaturge italien, s’est rendu à plusieurs reprises sur l’île de Lampedusa pour y rencontrer des habitants, des rescapés, des secouristes, des amis, tous témoins de ces tragédies qui durent depuis plus de 20 ans. La loi de la mer est un récit (c’est présenté ainsi) qui prend parfois des airs de roman.

    « En mer, pas d’alternative, chaque vie est sacrée et on aide ceux qui en ont besoin. Point », telle est la loi de la mer que décrit un plongeur de l’île, devenu secouriste sous l’effet des circonstances. Enoncée d’un ton bourru, cette loi si humaine s’applique aussi sur l’île, quand les habitants sont confrontés à l’arrivée massive de personnes, rescapées des eaux. Certaines y posent un pied juste pour y mourir.

    Davide Enia se rend souvent sur l’île chez ses amis Paolo et Melo qui lui racontent comment les habitants de l’île, une fois passé le premier réflexe de peur, sont devenus des secouristes, sont allés au-devant des migrants. En parallèle du récit, D. Enia livre une partie de son histoire familiale. Il a demandé à son père de l’accompagner sur l’île. Cardiologue en retraite, photographe amateur, ce père laisse toujours une « distance clinique » entre ses proches et lui, entre ce qu’il photographie et lui. A la différence de son fils et de ceux qui sont au contact direct de la souffrance. En témoigne ce qu’il décrit après avoir assisté à une scène de débarquement : « Assister, même de loin, au débarquement, c’était intéressant…non « intéressant » c’est trop limité. C’était une expérience très forte, mais vécue de l’extérieur, de l’autre côté de la grille. Physiquement, j’étais loin. »

    « Cinq pierres tombèrent dans le lac de mon coeur… »

    Nous emmener de l’autre côté de la grille, voilà justement ce que veut faire Davide Enia, en nous décrivant des scènes bouleversantes à hauteur de femmes et d’hommes. Et notamment ces jeunes filles qui s’évanouissent, sous l’effet de la déshydratation, à peine ont-elles posé le pied sur la terre ferme : « Ces évanouissements survenaient en silence. Il y en eut un troisième, un quatrième et un cinquième. On installa les cinq jeunes filles dans l’ambulance. Cinq pierres tombèrent dans le lac de mon coeur, qui devait absorber cette douleur comme l’eau les engloutirait. » Parfois ils s’évanouissent tous, raconte Paola.

    « L’épaisseur de l’histoire individuelle »

    Les témoignages sont multiples, ils proviennent des médecins, des humanitaires, des habitants. Bien sûr, nous les avons déjà lus, nous avons déjà vu des images de Lampedusa, une île qui a accueilli jusqu’à 10 000 personnes alors qu’elle compte à peine 5 000 habitants. Mais là nous sommes loin des règlements européens et des prises de position. D. Enia s’efforce de nous rendre compte de cette lueur d’humanité qui peut toujours naître, à l’image de ce Kurde qui raconte une histoire drôle de son pays : l’histoire d’un Kurde mort qui pleure car il ne veut ni l’enfer ni le paradis et quand Dieu lui demande où il veut aller, il répond « En Allemagne ». « Avant, dit Paola, j’avais tendance à voir leurs souffrances, les corps amaigris, les bleus, les cicatrices, leur regard effrayé. Je les regardais du haut de mon piédestal, tu comprends ? D’une position qui, puisqu’on les aide, les rend redevables à jamais. Et cette histoire drôle m’a fait prendre conscience de l’épaisseur de l’histoire individuelle de chacun. Je ne pouvais pas comprendre la douleur des expériences qu’ils ont vécues, mais je réalisais tout à coup que c’était une erreur gigantesque de les traiter avec ce paternalisme absurde. Il n’y a pas que le désespoir. Il y a le besoin de réussir, de devenir meilleur, il y a les chansons et les jeux, l’envie de goûter certains plats ou de plaisanter avec les autres. »

    La lumière et la résistance

    Et puis je ne peux pas finir sans mentionner Beppe, l’oncle de Davide et le frère du « cardiologue photographe ». Beppe et Davide sont très proches et le neveu tente de réactiver le lien qui semble distendu entre son père et son oncle. C’est Beppe qui conseille à Davide de conclure son livre « avec la lumière et la résistance », faisant ainsi référence au double sens possible du mot Lampedusa : « Lampedusa, de lepas, l’écueil qui écorche, érodé par la fureur des éléments, et qui résiste et confirme sa présence dans la vastitude infinie du grand large. Ou bien Lampedusa de lampas, flambeau qui brille dans le noir, lumière qui défie l’obscurité. »

    Encore une lecture estampillée Les Arpenteurs.